Jan Bula et Václav Drbola, les deux premiers martyrs tchèques du régime communiste béatifiés

Jan Bula et Václav Drbola seront solennellement béatifiés en tant que martyrs de la foi à Brno, en juin 2026

Le pape Léon XIV a récemment signé le décret de béatification de deux anciens prêtres tchèques victimes de la répression du régime communiste contre l’Église catholique dans les années 1950. Condamnés dans le cadre de procès truqués et exécutés par pendaison, Jan Bula et Václav Drbola seront solennellement béatifiés en tant que martyrs de la foi à Brno, en juin 2026.

L’évêque de Brno,  Pavel Konzbul et Vojtěch Cikrle | Photo: Štěpán Langášek,  Biskupství brněnské

« J’ai lu de nombreux documents qui témoignent de la vie de ces deux jeunes prêtres, et notamment les lettres bouleversantes écrites par Jan Bula juste avant son exécution. J’ai longuement réfléchi à l’angoisse qu’ils ont dû ressentir, à l’injustice et à la douleur qu’ils ont endurées. Malgré tout cela, ils sont restés inébranlables, fidèles aux valeurs auxquelles ils avaient consacré leur vie, et ont pardonné à leurs meurtriers », a déclaré l’évêque de Brno, Pavel Konzbul. C’est son prédécesseur, Vojtěch Cikrle, qui avait lancé en 2004 la procédure devant mener à la béatification de Jan Bula. Une démarche identique a ensuite été entreprise, en 2011, pour Václav Drbola.

Václav Drbola | Photo: ČT

Les deux prêtres exerçaient leur ministère dans le diocèse de Brno, plus précisément dans des paroisses de la région de Vysočina. Václav Drbola était curé à Babice, un village resté tristement célèbre pour avoir été le théâtre, en juillet 1951, de l’assassinat de trois fonctionnaires communistes. Un meurtre qui avait permis aux autorités de déclencher une série de procès politiques qui visaient principalement les petits agriculteurs opposés au régime communiste ainsi que les représentants de l’Église de la région.

Dans le cadre de ces procès dits de Babice, une centaine de personnes avaient alors été condamnées à de lourdes peines de prison, et une dizaine d’autres exécutées après avoir été torturées. Parmi elles, Václav Drbola, pendu dans la cour de la prison de Jihlava le 3 août 1951, alors qu’il était âgé de 38 ans, et Jan Bula, de huit ans son cadet, le 20 mai 1952.

Jan Bula | Photo: Archives de la paroisse de Rokytnice nad Rokytnou,  CC-BY 3.0

Chemin de croix au milieu des vignes 

Bien que Václav Drbola avait été empêché d’écrire des lettres d’adieu à ses proches, ceux-ci avaient pu récupérer son urne funéraire à la fin des années 1960. L’ancien prêtre repose depuis dans son village natal de Starovičky, en Moravie du Sud, où un chemin de croix passant au milieu des vignes a récemment été inauguré en sa mémoire.

Le chemin de croix en mémoire de Václav Drbola à Starovičky | Photo: Patrik Uhlíř,  ČTK
La lettre de Jan Bula | Photo: Biskupství brněnské

« J’avais plein de projets et voilà, il suffit d’un rien pour que tout s’écroule. (…) Dieu m’a accordé une courte vie, mais je crois qu’elle n’a pas été vaine », a pour sa part écrit Jan Bula à son frère et à sa belle-sœur la veille de sa mort. Ses cendres n’ont pas été retrouvées et reposent probablement au cimetière central de Brno.

Réhabilités après la révolution de Velours, les deux prêtres deviendront les premiers martyres du régime communiste à être béatifiés. Ils sont également évoqués somme les premiers bienheureux de l’histoire moderne tchèque, les deux hommes ayant vécu et étant morts au XXe siècle.

Des milliers de personnes assisteront à la cérémonie de béatification, qui sera également la première du genre célébrée dans le diocèse de Brno. Celle-ci a ouvert un site consacré aux deux prêtres et compte organiser, à cette occasion, une série d’événements destinés au grand public, ainsi que divers programmes éducatifs pour les écoles.

Les frères franciscains tués en février 1611 par la foule dans le monastère de Notre-Dame-des-Neiges à Prague

Au cours des trente dernières années, les papes Jean Paul II et Benoît XVI ont décrété la béatification de plusieurs personnes dont le destin est lié à l’histoire des pays tchèques, parmi lesquelles figurent deux religieuses emprisonnées par les nazis, Marie Restituta Kafková et Marie Antonína Kratochvílová, ou encore quatorze frères franciscains de différentes nationalités, tués en février 1611 par la foule dans le monastère de Notre-Dame-des-Neiges à Prague.

La liste de candidats tchèques à la béatification contient actuellement une vingtaine de noms, pour la plupart des victimes des régimes totalitaires du XXe siècle, qu’il s’agisse de plusieurs religieuses, du cardinal Josef Beran, forcé à l’exil à Rome par les autorités communistes, du jésuite et prisonnier politique Adolf Kajpr, de l’aumônier militaire américain d’origine tchèque et héros de la guerre de Corée Emil Kapaun ou encore du prêtre Josef Toufar, devenu, lui, véritable symbole des persécutions du régime communiste tchécoslovaque contre l’Église catholique. Accusé d’avoir orchestré un faux miracle lors d’une messe et torturé à mort, en février 1950, Josef Toufar n’a été réhabilité par la justice qu’en 2024, dix ans après l’exhumation de sa dépouille et ses funérailles solennelles dans son église de Číhošť.