Presse : tous ces étrangers dont l’économie tchèque ne pourrait plus se passer

Cette nouvelle revue de presse revient sur l’apport des travailleurs étrangers pour l’économie tchèque avant de se pencher sur les motivations des grands rassemblements qui se sont déroulés ces derniers temps en Tchéquie, sur la nomination d’un nouveau ministre de l’Environnement, sur les félicitations adressées par le président américain au chef de la diplomatie tchèque. Un mot aussi sur l’idée d’organiser les JO d’hiver en Tchéquie.

« La Tchéquie repose sur les muscles ukrainiens et les cerveaux slovaques ». Voilà le titre d’un texte publié dans l’hebdomadaire Respekt qui indique qu’au cours des quinze dernières années, la Tchéquie est devenue la patrie de nombreuses personnes nées à l’étranger et qui y travaillent désormais. En 2010, elles étaient encore 200 000. Seize ans plus tard, elles sont près d’un million :

« Il s’agit principalement de ressortissants slovaques et ukrainiens. Les premiers viennent souvent déjà pendant leurs études universitaires, tandis que le nombre de réfugiés ukrainiens a considérablement augmenté après l’invasion russe dans leur pays. Il existe une grande différence entre ces deux groupes en matière de salaires, ceux des Ukrainiens étant considérablement plus bas. Ainsi, les employeurs trouvent des travailleurs pour le bâtiment, les services, le secteur de la santé ou comme chauffeurs des transports publics, toutes des professions pour lesquelles il est difficile de trouver une main-d’œuvre tchèque. Quant à la présence des Slovaques, les entreprises en profitent lorsqu’elles ont besoin de main-d’œuvre qualifiée et diplômée. »

L’année dernière, l’économie tchèque a connu une croissance inattendue de 2,5 % du PIB. Les économistes de la Banque nationale tchèque confirment que le renforcement du marché du travail par un nombre aussi important de nouveaux travailleurs a été déterminant pour la croissance économique actuelle. Le problème, selon le magazine Respekt, c’est que la coalition gouvernementale actuelle comprend deux partis qui semblent avoir des opinions très divergentes sur la question des Ukrainiens en Tchéquie :

« Le parti d’extrême droite SPD, dirigé par Tomio Okamura, préconise un durcissement des conditions d’octroi de la protection temporaire aux réfugiés de guerre. D’un autre côté, le ministre du Travail et des Affaires sociales Aleš Juchelka du mouvement ANO déclare clairement que sans les Ukrainiens, la situation sur le marché du travail serait difficile. La question est donc de savoir quelle position l’emportera. Un durcissement des conditions pour les Ukrainiens serait une très mauvaise nouvelle pour l’économie tchèque. »

Se rassembler non pas pour s’opposer, mais pour soutenir

« Les manifestations en faveur du président ne sont ni une campagne politique ni une opposition organisée. » C’est du moins ce qu’estime le chroniqueur du site info.cz, qui réagit aux rassemblements, il y a près de trois semaines, de près de 90 000 manifestants sur la place de la Vieille Ville et la place Venceslas à Prague, ainsi qu’aux manifestations de dizaines de milliers d’autres personnes présentes dimanche dernier dans quatre cents endroits différents du pays. Il s’agit, selon lui, d’une réaction spontanée des citoyens à l’absence de respect de la décence et d’un soutien au chef de l’État. Et il invite à rappeler le moment où, la dernière fois, des foules ont massivement exprimé leur soutien sur des places publiques :

Une manifestation en faveur du président Petr Pavel à Liberec | Photo: Kateřina Kubíčková,  ČRo

« Il y a un quart de siècle, les gens sont descendus dans la rue pour défendre la Télévision tchèque. Le parallèle entre les manifestations d’alors pour la liberté d’expression et celles d’aujourd’hui pour le président est grand. Comme à l’époque, il ne s’agit pas de s’opposer à quelqu’un, mais de soutenir quelqu’un. Il ne s’agit pas de politique ou d’intérêts, mais d’émotions et de valeurs. Les gens ne réclament pas des salaires plus élevés, la fin du soutien à l’Ukraine, l’annulation des réformes. Ils veulent la décence, le respect de la Constitution et du chef de l’État, ils rejettent la grossièreté, l’arrogance et le chantage. Bref, ils ne veulent rien qui puisse leur rapporter un avantage. Tout comme lors de la crise à la Télévision tchèque. »

Nous assistons donc, comme le résume le site info.cz, à une réaction spontanée, non préparée, non manipulée et instinctive des citoyens à une attaque grossière contre le chef de l’État. Rien de plus. Mais rien de moins non plus.

Félicitations de Donald Trump au chef de la diplomatie tchèque

Le président des États-Unis Donald Trump a chaleureusement félicité sur son réseau Truth Social le chef de la diplomatie tchèque Petr Macinka pour l’échange de vues qu’il a eu lors de la conférence de Munich sur la sécurité avec Hillary Clinton, échange qui a concerné, entre autres, la question du genre. L’occasion pour l’auteur d’un texte publié sur le site Seznam Zprávy de remarquer :

« Dans des circonstances normales, ce serait une excellente nouvelle. Pour le vice-Premier ministre tchèque, pour les citoyens tchèques, pour la Tchéquie. Beaucoup d’entre nous seraient remplis de fierté, voire se souviendraient de l’époque où Václav Havel recevait les compliments de la Maison Blanche et directement sur place. Sauf qu’à l’époque, le monde et le pilier américain de sa démocratie étaient encore en ordre. Les circonstances normales ont changé depuis. La fierté est également un peu différente. »

Source: Truth

Selon un récent sondage, comme le rapporte le texte, Donald Trump occupe l’avant-dernière place dans le classement de la crédibilité des dirigeants étrangers aux yeux des électeurs tchèques, juste devant Poutine.

En attendant la nomination d’un nouveau ministre de l’Environnement

En attendant la nomination, lundi, par le président de la République, d’Igor Červený, candidat des Automobilistes, l’un des trois partis de la coalition gouvernementale, au poste de ministre de l’Environnement, le quotidien Mladá fronta Dnes observe :

Igor Červený | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

« Depuis la révolution de Velours de 1989, le pays a connu dix-neuf ministres de l’Environnement. La nomination d’un nouveau ministre a toujours été accompagnée du même rituel et des avertissements selon lesquels la nature sauvage devait disparaître, les forêts vierges et l’eau devaient s’évanouir, le Parc national de Šumava se dessécher, les forêts tomber et le climat se détériorer. Bref, l’Armageddon à nos portes. Cela ne veut pas dire que les problèmes n’existent pas. La sécheresse, les scolytes, le changement climatique et la pression sur le paysage, les rêves des promoteurs et des investisseurs sans égard pour la nature, tout cela est réel et grave. Pourtant, jusqu’ici, la nature tchèque a survécu à tous les ministres et à tous ces avertissements. Non pas grâce aux visions politiques, mais malgré elles. »

Le journal suppose que les mécanismes de protection fondamentaux ont toujours été maintenus par les institutions spécialisées, les lois, les cadres européens et l’inertie du système. « Les politiciens se sont disputés dans les médias, mais en réalité, ils ont toujours eu beaucoup moins de marge de manœuvre qu’ils ne le prétendaient. » La Šumava en est, selon lui, le symbole le plus visible :

« Pendant deux décennies, elle a été un champ de bataille, en raison des arbres malades du scolyte. Les uns avertissaient que l’absence d’intervention signifie la fin de la forêt, d’autres prétendaient que les interventions signifient la fin de la nature. Le résultat est que la forêt change, disparaît par endroits, se renouvelle ailleurs et, surtout, elle se comporte selon les lois de la nature, et non selon les décisions politiques. Si nous voulons parler sérieusement de protection de la nature, nous devons cesser de prétendre que les ministres en sont les sauveurs. La nature était là avant eux et leur survivra. »

Des JO d’hiver en Tchéquie ?

Le ministre des Sports, de la Prévention et de la Santé, Boris Šťastný (Automobilistes), a récemment évoqué l’idée d’organiser les Jeux olympiques d’hiver en République tchèque en 2038 ou 2042. Une imagination qui, comme l’indique le chroniqueur du site Seznam Zprávy, est certainement stimulée par les JO qui se déroulent actuellement en Italie. La vision olympique s’inscrit, selon lui, dans les utopies pareilles à celle d’un tunnel ferroviaire de 350 kilomètres qui devait relier l’ancienne Tchécoslovaquie à l’Adriatique, nourrie dans les années 1970, ou encore à celle des JO d’été à Prague en 2016 :

Boris Šťastný | Photo: Zuzana Jarolímková,  iROZHLAS.cz

« Il ne fait aucun doute que si nous le voulions, nous y arriverions, en été comme en hiver. Sauf que cela coûterait plus cher que dans nos rêves les plus bizarres. Et sauf que nous n’avons pas besoin des Jeux olympiques. Il est naturel que les politiciens offrent du pain et des jeux au peuple, mais cela ne doit pas nécessairement être les Jeux olympiques. Il y a lieu d’être fiers, mais il y a surtout lieu d’être raisonnables. Et c’est cela, et non les Jeux olympiques, qui doit être notre héritage aux générations futures. »

Le chroniqueur de Seznam Zprávy ajoute qu’au cours des 60 dernières années, la Tchéquie s’est réchauffée de plus de 2 °C, le réchauffement y étant deux fois plus rapide que la moyenne mondiale. Un constat qui s’appuie sur les données concernant la politique nationale de protection du climat publiées sur le site du ministère de l’Environnement.