Presse : déconfinement, popularité politique, paysage médiatique, archives russes, Temelín

Photo: ČTK/Libor Plíhal

Cette nouvelle revue de presse se penche sur les différents aspects de la vie en Tchéquie au moment où l’épidémie de coronavirus semble être sous contrôle. La modification du paysage médiatique est un des sujets qui sont traités dans ce contexte. Il y aura également question des efforts des historiens tchèques de plonger dans les archives russes. Quelques mots enfin sur un étrange attrait de la centrale nucléaire de Temelín.

Photo: ČTK/Libor Plíhal
A partir du 25 mai, le port du masque dans l’espace public, la mesure qui a pris effet le 18 mars dernier, ne sera plus obligatoire en Tchéquie. Cette décision est tombée plus tôt que prévu, car c’est pour la mi-juin que les spécialistes dont l’épidémiologiste en chef Roman Prymula avaient opté. Selon le commentateur du quotidien Hospodářské noviny, cette décision voit tomber le mythe répandu qui veut que le gouvernement respecte strictement les avis d’experts. Il écrit :

« Quels sont alors les critères que le cabinet prend en compte si ce ne sont pas les recommandations de ces derniers ? Il n’y a pas d’autre explication que celle qui suggère que le gouvernement agit selon le goût et la demande de la population. Au début, la société réclamait des mesures très strictes, voilà pourquoi le gouvernement a fermé les frontières en dépit des termes de la constitution. Aujourd’hui, les gens demandent le contraire. Estimant que la bataille est gagnée, ils veulent se démasquer. Le déconfinement avance alors plus rapidement que les experts en épidémiologie ne le souhaitent ».

Dans le même sens, un commentaire publié dans l’hebdomadaire Respekt examine les différents contextes de l’abolition du port obligatoire du masque la qualifiant de « décision surprenante » : « Cette décision ouvre symboliquement une période qui sera difficile pour le gouvernement, tant sur les plans organisationnel que fonctionnel... Cette phase critique survient au moment où la population croit que le pire est derrière nous et où, après deux mois de confinement, elle entend profiter de la liberté nouvellement acquise. Toutefois, l’évolution future demeure incertaine. En témoigne, par exemple, la situation en Corée du Sud, où l’on observe la menace d’une deuxième vague de l’épidémie de coronavirus. »

La popularité des politiciens aux temps de la crise

Andrej Babiš, photo: Site officiel du Gouvernement tchèque
Quels sont les politiciens auxquels les gens font confiance dans les moments difficiles ? Cette question a été soulevée dans un commentaire publié sur le site aktualne.cz. Son auteur écrit :

« La crise liée au Covid-19 semble avoir redessiné la carte politique de l’Europe. Elle a effectivement ramené une partie importante des électeurs qui, précédemment, sympathisaient ou flirtaient avec les partis extrémistes, vers des partis traditionnels. La montée fulgurante de la cote de popularité de la chancelière allemande Angela Merkel, du Premier ministre australien Scott Morrison ou du chef de gouvernement canadien Justin Trudeau en donne un témoignage éloquent. »

De l’avis du commentateur, la situation dans les pays de l’Europe centrale se présente différemment. Il explique :

« A l’exception de la Slovaquie, qui a emprunté à l’issue des dernières élections législatives une nouvelle voie, les démocrates dans les pays comme la Hongrie ou la Pologne s’attendaient à l’affaiblissement de leurs gouvernements. Il n’en a pourtant rien été. De même, en ce qui concerne la Tchéquie, l’épidémie de coronavirus n’a pas affaibli la position du mouvement ANO et du Premier ministre Andrej Babiš, ce que les partis ‘traditionnels’ de l’opposition, en tête avec le Parti civique démocrate (ODS), espéraient. Au contraire, elle est plus forte encore qu’avant la crise, étant plébiscitée par près de 35% des intentions de vote dans de récents sondages. Or, pour une importante partie de la population, Babiš incarne une certitude pour des périodes d’intempérie. D’autant plus qu’elle ne voit pas sur la scène politique d’alternative acceptable. »

En attendant les prochaines élections législatives prévues pour l’an 2021, la donne pourra toutefois changer. D’après ce que le commentateur du site aktualne.cz remarque en conclusion, « il est vrai qu’Andrej Babiš a su gérer le début de la crise, mais tout dépendra de la façon dont il s’acquittera de ses retombées économiques et sociales ».

Un autre paysage médiatique

Photo illustrative: Archives de Radio Prague Int.
L’épidémie de coronavirus a secoué le paysage médiatique. Les grandes maisons des médias dressent les bilans de leurs pertes et arrêtent la publication de certains titres. C’est ce dont fait part le site echo24.cz :

« L’ensemble des quotidiens locaux connaissent d’importantes baisses des ventes. Comparé à la moyenne annuelle, la vente de journaux en kiosque a chuté de près de 16 %. Parmi les quotidiens, c’est Sport de la maison Czech News Center du milliardaire Daniel Křetínský qui a enregistré la baisse la plus marquante. Cette tendance concerne aussi, par exemple, le journal Mladá fronta Dnes du groupe Agrofert, cédé à un fonds fudiciaire d’Andrej Babiš, auparavant deuxième quotidien le plus lu qui vient d’être devancé par le journal de gauche Právo. Les tabloïds sont aussi touchés, parmi lesquels une position privilégiée revient traditionnellement à Blesk. Ce sont en revanche les quotidiens régionaux que l’épidémie de coronavirus a beaucoup moins touchés. »

Confrontées à une importante baisse de revenus publicitaires, certaines maisons d’édition ont été également contraintes de diminuer les salaires de leurs employés. Le site echo24.cz indique enfin que si, au début de l’épidémie de coronavirus, le taux de lecture des médias en ligne a connu un boom, il est revenu dès ce mois de mai à la normale.

Sur la trace des Tchèques disparus au goulag : une mission difficile

Goulag, photo: public domain
« Les négociations peuvent être particulièrement intéressantes, car elles donnent une occasion unique de réparer les relations mutuelles ». C’est en ces termes que le commentateur du journal en ligne Hlídací pes a réagi au fait que le Ministère russe des affaires étrangères avait donné son aval au projet tchèque de consultations sur « les questions les plus urgentes des relations mutuelles », conformément à l’accord conclu en 1993 :

« Certes, il y a lieu de saluer la volonté de la diplomatie russe de mener des consultations et de prêter l’oreille à la partie tchèque. Mais à la lumière de l’actuelle politique russe, on a du mal à imaginer qu’elle change d’attitude à l’égard du passé et permette de l’étudier librement. Les travaux de la commission spécialisée tchéco-russe composée d’historiens et d’archivistes sont depuis quelques années déjà paralysés. La lettre ouverte présentée en 2019 à Moscou dans laquelle les directeurs des instituts historiques tchèques demandent l’autorisation d’accès aux archives qui pourraient élucider le sort des citoyens tchécoslovaques qui avaient fui le nazisme pour la Russie et qui ont disparu dans les camps du goulag, n’a toujours pas eu de réponse. »

Selon le commentateur, un travail historique sérieux effectué en commun permettrait d’éliminer une fois pour toute les mésinterprétations des événements historiques et leur abus à des fins politiques. « Tenir secrets les crimes du stalinisme, même 80 ans après, signifie en fait leur réhabilitation, une chose qui est pour le monde civilisé et démocratique du XXIè siècle inacceptable », écrit-il avant de conclure :

« Les négociations avec la diplomatie russe devraient être soutenues et suivies par les deux Chambres du Parlement tchèque. Celles-ci sont par la suite appelées à initier des consultations collectives de l’ensemble des anciennes colonies soviétiques en Europe centrale avec la Russie, afin de chercher et de déceler la vérité sur cette période néfaste du passé. »

Temelín : un lieu de noces sollicité

Temelín, photo: Japo, public domain
Temelín, petite commune située en Bohême du Sud et comptant près de 860 habitants, est un lieu très sollicité pour l’organisation de noces. Le journal Lidové noviny de ce jeudi a expliqué pourquoi :

« Aussi bizarre que cela puisse paraître, le village doit son attrait ‘nuptial’ à la centrale nucléaire du même nom qui est située dans son cadastre. Son édification ayant commencé en 1985, Temelín est l’une des deux centrales nucléaires, à côté de celles de Dukovany, qui se trouvent sur le territoire tchèque. Objet fréquent de critiques et de protestations d’organisations écologiques locales et étrangères, elle possède pourtant un certain charme pour les jeunes couples qui veulent se marier au château de Vysoký Hrádek situé à proximité. Le premier mariage y a eu lieu en 2006, le centième remontant à l’année 2018 ».

D’après le quotidien, c’est le mélange du classique et du technologique qui est apparemment la principale cause de l’intérêt des nouveaux-mariés pour la localité de Temelín.