Presse : la propagation du Covid-19 en Tchéquie sous ses différents aspects

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Cette nouvelle revue de presse se penche évidemment en premier lieu sur un sujet qui préoccupe la société et les médias tchèques : la propagation dramatique du Covid-19. Elle s’intéresse aussi aux critiques formulées à l’adresse du gouvernement d’Andrej Babiš avant de rappeler comment le culte de John Lennon, dont c’était récemment le 80e anniversaire de la naissance, a retenti dans l’ancienne Tchécoslovaquie communiste, au sein des initiatives civiques.

La guerre des générations n’a pas lieu. C’est ce qu’estime l’auteur d’un commentaire publié sur le site Forum24.cz, qui réagit à l’hypothèse d’un tel conflit récemment anticipé, en lien avec l’épidémie du Covid-19, par le nouveau ministre de la Santé Roman Prymula. Il écrit :

« Ce ne sont pas les jeunes qui sont à l’origine de la situation précaire dans laquelle la Tchéquie se trouve actuellement. Selon le ministre, ceux-ci constitueraient un groupe irresponsable qui ne tient pas compte des risques et qui ne respecte pas les règles et les restrictions en vigueur. Les personnes âgées se comporteraient en revanche de façon exemplaire. Une telle généralisation est fausse, car elle ne fait que contribuer à l’approfondissement du fossé entre les générations. Le problème, c’est un comportement irréfléchi des individus tant parmi les jeunes que parmi les personnes âgées. Les manifestations contre le port de masque qui se sont récemment déroulées dans plusieurs villes tchèques et auxquelles des gens de différentes catégories d’âge ont participé le confirment d’ailleurs clairement. »

« Le Premier ministre Andrej Babiš n’est pas dans une situation facile. La nouvelle vague de coronavirus a frappé plus tôt et plus brutalement que prévu, chez nous, en Europe et dans le monde » : c’est ce que constate l’auteur d’une note publiée dans le journal E15 avant de préciser :

« Il serait injuste d’accuser de cette évolution le chef de gouvernement. Ce qui est cependant plus injuste encore, c’est que lui-même et son équipe refusent d’assumer ne serait-ce qu’une responsabilité élémentaire de la forte propagation de la contamination dont nous sommes les témoins à l’heure actuelle. Ils ont gaspillé le temps durant lequel on aurait pu se préparer à la menace du Covid-19, tout comme la patience de la population ».

« Une tâche difficile face à une société clivée entre la tendance à la soumission, apprise au cours de l’histoire, et le goût de la révolte, tantôt courageuse, tantôt confortable », admet le commentateur du journal E15.

Les grands événements qui sèment la controverse, comme la crise migratoire ou la pandémie de coronavirus, constituent un grand défi, aussi, pour les médias, observe dans son éditorial la dernière édition de l’hebdomadaire Respekt qui écrit :

« On aime prétendre que les événements dramatiques profitent aux médias. Toutefois, ce n’est pas entièrement vrai, compte tenu de la différence qui existe  entre ceux qui sont payant et ceux qui sont gratuits. Les gens ont tendance, comme la pratique l’a souvent confirmé, à supprimer l’abonnement d’un périodique qui porte sur un événement marquant un regard foncièrement différent du leur, comme une façon de le punir. Par ailleurs, beaucoup estiment que c’est logique, car à quoi bon payer ce que l’on désapprouve ».

De pareilles vagues ont souvent existé dans le passé. Pourtant, d’après ce que l’éditorialiste de Respekt estime, celle de coronavirus est en bien des égards la plus difficile :

« Les gens qui sous-estiment la gravité du Covid-19 tout comme ceux qui le prennent pour un problème grave, ne constituent pas des groupes homogènes. Ce clivage traverse l’ensemble des classes sociales, des villes et des villages. Le problème que la Tchéquie est en train d’affronter est donc grave. »

Un vote de défiance contre le gouvernement d’Andrej Babiš ?

Petr Fiala, photo: ČTK/Ondřej Deml

Très critique à l’égard du gouvernement d’Andrej Babiš qu’il trouve « fatalement pris au dépourvu », Petr Fiala, leader du Parti civique démocrate (ODS), premier parti d’opposition de droite, entend organiser contre lui motion de censure. Cette décision qui devrait être mise en pratique au moment où l’épidémie se sera calmée, donc pas avant la fin prévue de l’état d’urgence, soit le 3 novembre, n’a pas fait l’unanimité dans les médias. Un commentateur du site aktualne.cz, par exemple, a écrit à ce propos:

« Cette proposition est présentée pendant l’état d’urgence et au moment de la propagation sauvage du Covid-19 qui tue chez nous des centaines de personnes. Il faut alors se demander à quoi elle peut servir dans une situation tendue, où beaucoup de gens sont inquiets, angoissés et se sentent menacés. Cette nouvelle initiative de l’ODS peut-elle calmer la situation ou aider le gouvernement, les médecins, les épidémiologistes ? Evidemment, on est censé répondre par la négative. Tout indique que Fiala cherche à ébranler la confiance envers le gouvernement qui, déjà, est très fragile, ainsi qu’envers ses mesures. Certes, toute opposition cherche à faire tomber le gouvernement au pouvoir. Mais la situation de la Tchéquie est très mauvaise et il ne faut pas approfondir la méfiance qui se traduit par le non-respect des mesures gouvernementales. »

Le commentateur du site aktualne.cz va jusqu’à définir la stratégie de l’ODS  comme douteuse et irresponsable. « Petr Fiala a déçu, car il a montré que c’est l’ODS qui compte pour lui plus que le combat contre l’épidémie », écrit-il en conclusion.

L’auteur d’un texte publié dans le magazine Reflex estime, quant à lui, que c’est la démission du gouvernement d’Andrej Babiš qui se présente comme un impératif du jour :

« Il existe de nombreux signes qui montrent qu’à chaque moment, le gouvernement de Babiš perd le respect, le soutien et la confiance de la société. Il s’avère que dans des moments tendus, la façon dont le Premier ministre gère la situation et communique ne suffisent plus. Pour cette raison, les représentants politiques sont appelés à assumer leur responsabilité et à agir ».

Le commentateur dessine plusieurs voies en vue de sortir de cette situation de façon démocratique, dont celle consistant dans la formation, à la base d’un consensus des partis parlementaires, d’un « large gouvernement d’entente nationale ».

Le culte de John Lennon et la chute du régime communiste

John Lennon, photo: Roy Kerwood, CC BY 2.5

A l’instar de beaucoup d’autres périodiques, le supplément Orientace du quotidien Lidové noviny de samedi dernier a rappelé le 80ème anniversaire de la naissance de l’un des Beatles, John Lennon. L’occasion d’évoquer également la façon dont le culte de Lennon, « une des figures les plus inspirantes du XXe siècle »,  a retenti dans la Tchécoslovaquie communiste. Nous citons :

« Si des lieux de commémoration dédiés à John Lennon ont surgi un peu partout dans le monde au lendemain de la mort du chanteur, Prague n’a pas tardé à en avoir un aussi. Il a été situé devant un mur sur la place Veklopřevorské dans le quartier historique de Malá strana appelé désormais couramment le Mur Lennon. Les autorités communistes l’ont toléré jusqu’au moment où le mur s’est vu recouvert de différentes inscriptions et orné de fleurs, pour le faire repeindre en vert. Une couleur qui évoquait celle des uniformes de la police. Il n’en fallait pas plus pour que le lieu devienne un des symboles emblématiques de l’opposition à l’oppression communiste et à l’absence de libertés, un des premiers foyers de la résistance civique. »

Le mur de John Lennon autour 1983, photo: David Sedlecký, CC BY-SA 3.0 Unported

Le supplément Orientace rapporte que le Mur Lennon a été également le témoin, le 8 décembre 1985, d’un premier rassemblement contre le régime communiste comptant quelque deux cents personnes et suivi d’une marche vers le Château de Prague. « Surprise, la police n’est même pas intervenue », raconte l’auteur du texte avant de préciser d’autres aspects de « l’engagement posthume » du chanteur dans le mouvement tchèque contre le communisme:

« L’une des nombreuses initiatives civiques qui ont vu le jour dans l’ancienne Tchécoslovaquie quelques années avant la chute du régime communiste s’appelait le Club de paix John Lennon. Les portraits iconiques de Lennon accompagnés de slogans sur la paix et la non-violence ornaient régulièrement les pancartes portées dans des manifestations. Or, le legs de l’homme qui a désigné l’une de ses plus célèbres chansons, Imagine, de ‘manifeste communiste’ a contribué de façon marquante à la chute du communisme dans l’un des pays  satellites de l’URSS. On peut croire qu’en dépit de certaines de ses déclarations, il en serait très probablement flatté ».