Presse : la tornade en Moravie a cimenté la société tchèque

La tornade qui a récemment ravagé une partie de la Moravie du Sud a bien évidemment occupé une large place dont les médias tchèques tout au long de la semaine écoulée. Autres sujets traités : l’apparition d’un nouveau parti sur la scène politique, le désintéret des jeunes pour la politique et, au contraire, la chasse aux voix parmi les personnes âgées à désormais moins de 100 jours de la tenue des élections législatives.

La catastrophe naturelle en Moravie, qui a fait six victimes et a causé d’importants dommages matériels, a fait écrire ceci au quotidien Lidové noviny :

« Ce n’était pas la première tornade sur le territoire tchèque. Dans le passé, des dizaines d’autres avaient déjà causé d’assez graves dégâts, dont notamment celle qui a frappé en 2004 la ville de Litovel, aussi en Moravie. Mais la tornade de jeudi dernier est la première à avoir fait des morts. »

L’hebdomadaire Respekt, tout comme d’ailleurs les autres périodiques de cette semaine, met l’accent sur l’immense vague de solidarité que cet événement tragique a rapidement fait naître :

« Il y a des moments où l’on se rend compte que les idées préconçues sur le cynisme et l’indifférence des Tchèques ou sur un Etat qui ne fonctionne pas sont fausses. La population de la région touchée par une catastrophe naturelle d’une violence sans précédent n’a pas été abandonnée à son sort. Les secours des pompiers, des policiers, de professionnels de la santé, mais aussi le soutien des volontaires et des donateurs ont été immédiats. »

Le site Aktualne.cz souligne, lui aussi, les côtés positifs de cette catastrophe, « aussi absurde cela puisse-t-il sembler » :

« Le fait que le système ne soit pas à genoux apporte de l’espoir pour les autres situations semblables qui se reproduiront certainement à l’avenir. Ces derniers jours, les Tchèques se sont serré les coudes, nous ne sommes plus une société ‘divisée’ ou ‘fragmentée’. Lors de telles épreuves, nous revenons à un comportement normal. Parallèlement, la catastrophe nous apprend qu’il ne faut pas prendre la nature à la légère et ignorer notre immense part de responsabilité dans sa dégradation ».

Photo: Václav Šálek,  ČTK

« La vague de solidarité dont nous sommes actuellement les témoins Tchéquie met en lumière nos bons côtés », estime à son tour le quotidien Deník N. Cette solidarité peut être comparée à celle de la première vague de l’épidémie de coronavirus au printemps 2020, quand les gens ont spontanément fabriqué des masques. « C’est là une source d’inspiration qui invite à raconter une nouvelle histoire tchèque ; l’histoire d’un peuple responsable et généreux », peut-on encore lire.

Le journal en ligne Deník Referendum remarque que la tornade a aussi relancé le débat sur la crise climatique :

« Tandis que certains situent cet événement dans le contexte du réchauffement de la planète, d’autres rejettent catégoriquement cette interprétation. Les médias sont néanmoins appelés à souligner le lien avec l’évolution du climat. Dans ce cas précis, ils doivent respecter le principe de vigilence. »

Durant les premiers jours qui ont suivi la catastrophe, les collectes de dons organisées pour aider les victimes ont permis de reccueilir des sommes plus élevées que jamais. « Cet engagement civique peut s‘expliquer par la méfiance des gens vis-à-vis de l’Etat », estime le quotidien Hospodářské noviny, qui ajoute :

« La tornade en Moravie a fait penser à un film de science-fiction. Il va dès lors de soi qu’une catastrophe aussi inhabituelle suscite un plus grand intérêt et entraîne une plus grande solidarité qu’un événement plus ‘banal’. »

Un nouveau parti formé d’anciens policiers s’établit sur la scène politique

« Un parti dirigé par d’ex-policiers, voilà bien une spécialité tchèque ». C’est le constat qu’établit le journal en ligne Forum24.cz, qui se penche sur le développement du nouveau mouvement politique appelé « Přísaha » (Le Serment) qui a émergé en début d’année. Samedi dernier, son fondateur, Robert Šlachta, qui par le passé a dirigé l’Unité de lutte contre le crime organisé et le département d’investigation de la Direction générale des douanes, a été élu à sa tête. Le site précise à ce propos :

Přísaha de Robert Šlachta | Photo: Kamila Schusterová,  ČRo

« Certains sondages donnent au parti de Robert Šlachta suffisamment de voix pour qu’il puisse être élu à la Chambre des députés. Le plus étonnant est qu’il y ait des gens qui lui ont manifesté leur soutien avant même de savoir quels seraient sa direction et son programme. Dans un passé récent, nous avons fait une expérience semblable avec le mouvemment appelé ‘Věci veřejné’ (Affaires publiques), parti gouvernemental à l’époque, qui avait lui aussi fait de la lutte contre la corruption une priorité sans pour autant parvenir à de résultats concrets. »

Toujours selon Forum24.cz, certains électeurs n’ont pas tiré de leçon de cette expérience : « Ils considèrent Robert Šlachta comme un ‘flic voyou à la Belmondo’ qui va remettre les choses à leur place. Malheureusement, il faut plutôt s’attendre à une nouvelle version d’une comédie criminelle. »

Les politiques à la pêche aux voix des personnes âgées

Le mouvement ANO et le Parti social-démocrate (ČSSD), les deux partis qui forment l’actuelle coalition gouvernementale, entendent augmenter les pensions de retraite d’un montant supérieur à ce qui est prévu dans le cadre de leur valorisation garantie par la loi. « Et ce, malgré les avertissements du Conseil budgétaire national », regrette le site Echo24.cz, qui explique :

Photo: Michaela Danelová,  ČRo

« En attendant les élections législatives d’octobre, le gouvernement d’Andrej Babiš cherche à séduire les personnes âgées qui constituent une part importante de son électorat. Cette catégorie de la population a l’habitude de se rendre aux urnes. Lors des dernières législatives en 2017, près de 40 % des personnes âgées ont voté pour Babiš. »

La promesse qui avait été faite il y a quatre ans d’augmenter les retraites à un niveau supérieur à 15 000 couronnes d’ici 2021 a été respectée. Leur montant moyen s’élève désormais à 15 336 couronnes par mois (l’équivalent de quelque 613 euros). Il n’y a donc pas de raison, selon le site, de les augmenter encore, et ce, d’autant moins que cette croissance va de pair avec un endettement de l’Etat toujours plus important. Echo24.cz écrit enfin :

« Les retraités représentent une catégorie de la population qui, d’un point de vue économique, se sort assez bien de la crise de coronavirus, car ses revenus n’ont pas baissé. Par ailleurs, ils ont reçu en fin d’année dernière une allocation supplémentaire de 5 000 couronnes (200 euros) en lien précisément avec l’épidémie ».

Le désintérêt des jeunes Tchèques pour les élections

A désormais moins de cent jours de la tenue des élections législatives, Respekt s’est intéressé aux thèmes qui préocupent les Tchèques et à la possible participation. Sur la base des résultats d’un sondage commandé par la Radio tchèque, l’hebdomdaire rapporte :

Photo illustrative: Brett Sayles,  Pexels

« Il n’y a pas de grande surprise quant aux sujets qui sont au coeur de l’intérêt des Tchèques. Il s’agit comme d’habitude de la sécurité, de l’accessibilité aux soins de santé, des finances publiques ou encore du niveau de vie. Contrairement à ce que pensent certains dirigeants politiques, une faible attention est portée à l’immigration. »

Quelque 66 % des Tchèques affirment qu’ils iront voter, soit un chiffre habituel. Plus inquiétant, selon Respekt, est en revanche la faible motivation des jeunes âgés de 18 à 29 ans. Moins de 40 % d’entre eux envisagent de se rendre aux urnes :

« C’est une mauvaise nouvelle d’abord pour eux-mêmes, car ils déléguent la responsabilité de l’orientation politique de leur pays à ceux qui ont plus de 60 ans et qui sont des électeurs disciplinés », souligne encore le magazine.