Revue de presse : les menaces qui pèsent sur la liberté des médias en Europe centrale
En lien avec la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai, cette nouvelle revue de la presse tchèque se penche d’abord sur les menaces qui pèsent sur ce principe démocratique en Europe centrale. Autres thèmes au menu cette semaine : la situation de la langue tchèque, la formation d’une nouvelle social-démocratie ou encore l’opposition au gouvernement d’Andrej Babiš qui souffre de l’absence d’un programme concret.
« La situation des journalistes ne cesse de se détériorer et ces temps difficiles ont désormais atteint l’Europe centrale », peut-on lire en titre d’un article publié dans Hospodářské noviny dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse instaurée par l’ONU en 1993 et célébrée depuis le 3 mai. Le quotidien rappelle que plusieurs dizaines de journalistes ont été tués en Russie depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine et que nombre de leurs collègues à travers le monde ont eux aussi été victimes de la volonté des dictateurs, mafieux et autres oligarques à travers le monde. Et, bien sûr, lors de conflits armés. « Pour l’année 2025, le Comité pour la protection des journalistes a recensé la mort de 130 journalistes et autres professionnels des médias, l’emprisonnement de 334 d’entre eux et la disparition de 85 autres », précise ainsi l’auteur avant de se pencher sur la situation en Europe centrale :
« Le meurtre du journaliste Ján Kuciak et de sa fiancée Martina Kušnírová (en Slovaquie en 2018), la mainmise sur la radio et la télévision publiques, les attaques quotidiennes contre les médias et les voix critiques du gouvernement : tel est le constat que l’on fait habituellement pour la Slovaquie. En Hongrie, un lien si étroit et si brutal s’est créé entre la politique et l’oligarchie depuis 2010 que les médias d’opposition ont peu à peu quasiment disparu. En Tchéquie, nous sommes actuellement les témoins d’une volonté du gouvernement de prendre le contrôle des médias publics et d’attaques quotidiennes contre les médias qui ne chantent pas les louanges de la coalition gouvernementale. Sur les réseaux sociaux, certains journalistes d’investigation, en particulier des femmes, sont la cible de lynchages en règle auxquels participent non seulement des politiciens, mais aussi et surtout leurs sympathisants. »
Le journal précise que si certains journalistes effectuent leur travail de manière superficielle, d’autres se mêlent à la politique et d’autres encore jonglent entre journalisme et relations publiques. « Globalement, cependant, du bon travail qui est réalisé. Il est donc juste et nécessaire de protéger cette profession des hommes autoritaires et autres cyniques sans scrupules », conclut-il.
La langue tchèque, où en est-elle aujourd’hui?
« La langue tchèque est-elle en crise ? À quelles menaces est-elle confrontée aujourd’hui ? » Telles sont les deux questions sur lesquelles se penche Seznam Zprávy à l’occasion du 80e anniversaire de l’Institut de la langue tchèque de l’Académie des sciences. Une institution qui veille sur la langue tchèque, la décrit, la défend aussi parfois, et dont voici la réponse :
« Il y a encore cent ans, c’est la menace d’une germanisation qui planait sur le tchèque. Aujourd’hui, on évoque souvent avec une pareille crainte l’anglais qui s’immisce dans la communication professionnelle, scientifique et quotidienne. Aux yeux des linguistes, il ne s’agit toutefois plutôt que d’un phénomène très visible qui ne représente pas un problème fondamental pour notre langue. Et ce, en dépit du fait que l’anglais soit la langue prédominante dans différents secteurs d’activité, comme l’informatique, où il supplante naturellement le tchèque. Pour le reste, l’usage de l’anglais est en grande partie une question de génération et de mode. De plus, il s’agit d’une tendance mondiale qui ne concerne pas uniquement les petites langues comme le tchèque. »
Par ailleurs, comme le souligne encore Seznam Zprávy, le tchèque a toujours prouvé par le passé qu’il était une langue flexible et extrêmement résistante :
« Le tchèque, qui possède une histoire longue de plus de 1 000 ans, offre une multitude de ressources linguistiques qui peuvent être utilisées de manière fonctionnelle et adéquate dans les situations de communication les plus diverses. La langue est un organisme vivant qui évolue naturellement. Tant que le tchèque restera notre environnement naturel et qu’il continuera d’exister des écoles, des médias et une administration publique tchèques, il n’y aura aucune raison de s’inquiéter pour son avenir. »
La tentative de ressusciter les idées traditionnelles de la social-démocratie
Ancien Premier ministre (2002-2004), Vladimír Špidla, désormais âgé de 75 ans, voit sur la scène politique un espace pour une nouvelle formation politique, en raison notamment des changements technologiques rapides. À l’occasion de la Fête du travail, il a présenté, au café Montmartre à Prague, une formation baptisée tout simplement Nouvelle social-démocratie (NSD). Pour l’heure, son comité préparatoire, au sein duquel figure, par exemple, l’ancien ministre des Droits de l’homme et de l’Égalité des chances Jiří Dienstbier, s’efforce de recueillir le millier de signatures nécessaires à l’enregistrement du parti et continue d’élaborer son programme et de rédiger ses statuts. L’hebdomadaire Respekt, qui a suivi l’événement, indique :
« Vladimír Špidla considère la société actuelle comme étant profondément injuste, privant les gens de l’espoir de mener une vie décente et épanouie. La NSD évoque la nécessité de résoudre la crise du logement, de modifier la structure fiscale en faveur d’une imposition progressive et d’une taxation du patrimoine, ou encore de trouver une solution aux saisies qui touchent plus de 600 000 personnes en Tchéquie. Son credo s’appuie sur des concepts sociaux-démocrates traditionnels tels que les droits de l’homme, la dignité humaine ou le principe de solidarité, tout en mettant fortement l’accent sur la protection de la nature et la lutte contre la crise environnementale. Le nouveau parti entend également se distinguer du Parti social-démocrate (SOCDEM), par exemple en soutenant l’appartenance de la Tchéquie à l’Union européenne ou à des organisations de défense collective telles que l’OTAN. »
Selon les membres du comité préparatoire de cette nouvelle formation, le SOCDEM a entraîné la social-démocratie en République tchèque dans une direction contraire à ses idées de base. Son alliance, lors des dernières élections législatives, avec le mouvement Stačilo! (« Ça suffit ! ») dirigé par la cheffe des communistes, Kateřina Konečná, en est un témoignage marquant.
L’opposition au gouvernement manque d’un programme percutant
L’offre pour les opposants à l’actuel gouvernement d’Andrej Babiš, composé du mouvement ANO, du parti d’extrême droite SPD et des Automobilistes, formation eurosceptique, est vraiment variée en termes de logos, d’acronymes, de couleurs et de noms. Fragmentée, l’opposition est représentée par cinq partis à la Chambre des députés qui, dans un passé pas si lointain, constituait l’ancienne coalition gouvernementale : l’ODS, STAN, les Pirates, les chrétiens-démocrates et TOP 09. Et cela s’agite aussi en dehors du Parlement, où plusieurs formations voient le jour. Du point de vue du contenu, cependant, comme l’estime un éditorialiste du site Seznam Zprávy, cette opposition est déjà moins convaincante, car distinguer les différences est très difficile :
« Beaucoup de représentants de l’opposition tirent les leçons de l’hégémonie sur la scène politique tchèque depuis 2014 d’un Andrej Babiš qu’ils souhaitent tant terrasser. Bien qu’avec beaucoup de retard, ils ont plus ou moins appris d’ANO les codes du marketing et d’une communication permanente avec les électeurs. La plus grande faiblesse de l’opposition reste son programme. Dans le monde chancelant dans lequel nous vivons, les politiciens qui proposent des taux légèrement différents pour telle ou telle taxe, la création d’un nouvel office de lutte contre la corruption ou encore des discours bien connus sur la réduction de la bureaucratie, semblent déplacés. Au lieu de répéter les clichés de son programme, l’opposition devrait s’efforcer de proposer des solutions originales aux problèmes actuels les plus urgents et préoccupants. S’en prendre au gouvernement ne suffit plus. »
Selon l’auteur, on ne peut cependant pas affirmer que l’opposition soit impuissante, car des éclairs d’originalité de certains experts apparaissent au sein des différents partis, ce que le grand public ne perçoit pas encore. « Il convient d’imposer la sécurité comme la priorité absolue et de faire en sorte que la société évolue de manière dynamique avec l’essor fulgurant des technologies numériques et d’une intelligence artificielle dont nous ne sommes pas encore en mesure de prédire toutes les conséquences. »






