Série : ces francophones qui parlent tchèque (n° 1)

Chantal Poullain, photo: ČT24

Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague ! Cette émission marque l’ouverture d’une nouvelle série qui présentera, sous la forme d’entretiens et une fois par mois, des francophones qui vivent en République tchèque et… parlent tchèque. Nombreux sont en effet les étrangers qui vivent en Bohême et Moravie, mais qui, pour différentes raisons, ont fait le choix de ne pas se lancer dans l’apprentissage du tchèque. Inversement, nombreux sont ceux également, et ils sont même de plus en plus nombreux, qui ont fait le choix inverse et maîtrisent aujourd’hui suffisamment bien la langue de Karel Čapek, Jaroslav Seifert et Karel Gott pour s’exprimer en tchèque, lire un journal tchèque, regarder un film tchèque au cinéma sans sous-titres anglais ou écrire un texte en tchèque. Pour le premier entretien de cette nouvelle série, nous avons donné la parole à la plus célèbre des Françaises vivant en République tchèque.

Chantal Poullain, photo: ČT24
Il y quelques semaines de cela, nous avions posé quelques questions à Chantal Poullain, une comédienne Marseillaise d’origine arrivée en Tchécoslovaquie dans les années 1980 par amour pour un comédien tchèque. Depuis, Chantal Poullain, mère d’un garçon tchéco-français bilingue lui aussi comédien, vit en République tchèque, parle tchèque et joue en tchèque. Un tchèque que les Tchèques adorent d’ailleurs… Chantal Poullain prête actuellement sa voix aux personnages d’un dessin animé tchèque traduit en français pour les besoins de la Télévision tchèque (cf. : http://www.radio.cz/fr/rubrique/faits/la-television-tcheque-veut-faire-decouvrir-le-francais-aux-enfants-tcheques). Lors de sa présentation en décembre dernier, Chantal Poullain nous en avait dit plus sur ce projet, et à travers celui-ci, sur sa perception des langues :

« C’était pour moi un honneur de le faire, enfin de doubler les petits personnages de la Dame blanche. Il y a une grande tradition en République Tchèque de dessins animés. J’ai toujours adoré et mon fils a grandi avec ça, mais en tchèque. Je suis ravie que, peut-être, les enfants de mon fils écouteront la Dame blanche en français. Moi j’ai élevé mon fils dans les traditions tchèques, c’est son pays, il est né ici, bien sûr qu’il est aussi français ; il a un passeport français mais il adore son pays (la République tchèque). »

« Je pense qu’on doit respecter les traditions et le pays dans lequel on vit. Je suis ravie pour le français qui est une langue que les Tchèques adorent. Je confirme, car, à l’époque, quand je suis arrivée, je parlais le tchèque et je n’ai jamais eu la sensation qu’on critiquait quand je parlais mal, mais en même temps il y a beaucoup d’ouverture et d’amour pour le français, donc je ne suis pas étonnée qu’on fasse ça en français parmi les premières langues de ces dessins animés pour les enfants. Pour qu’ils apprennent c’est très important. L’anglais, c’est bien, c’est une langue qui occupe toute la planète, mais il ne faut pas oublier les autres langues qui sont très importantes. Et quand on a la possibilité d’offrir aux enfants, parce que l’enfant est tellement ouvert aux langues, il apprend tellement vite, alors pourquoi ne pas leur donner la chance avec d’autres langues que l’anglais ? »

« Tout le monde parle anglais, mais on parle plus d’autres langues. Moi, je suis une amoureuse de l’italien, j’adore cette langue. Dans mon métier, je joue en tchèque des pièces à deux personnages, mais, à l’époque, je me rappelle que je disais ‘le théâtre et la culture n’ont pas de frontières’. Quand il y a quelque chose de qualité, il n’y a pas de frontières, c’est-à-dire qu’on peut jouer dans toutes les langues du monde. Il faut simplement le vouloir. Il y a des difficultés bien sûr : même si un enfant ne parle pas couramment mais juste prend conscience d‘autres langues, c’est important. Je ne dis pas qu’un enfant doit parler quatre ou cinq langues parfaitement, mais avoir cette ouverture et l’envie d’entendre et de parler une autre langue. »

Pour ce projet de la Dame blanche, le choix d’avoir d’un dessin animé tchèque et non pas français est-il important ? Parce que, malgré tout, ce sont des personnages et des histoires auxquels des enfants tchèques sont habitués mais en tchèque…

« C’est justement ça qui est chouette. Bien sûr qu’on peut importer des dessins animés français. Ce qui est sympa, c’est justement le dessin animé tchèque. Je répète, c’est quand même une grande tradition. Ici, mon fils a grandi avec Večerníček, avec tous ces dessins animés tchèques, et je trouve que c’est bien que ce soit justement des dessins animés tchèques en français.

Pensez-vous que le dessin animé soit différent sur le fond parce qu’il est en français et non plus en tchèque du fait de la traduction ?

« Ah non, je ne crois pas. Là où j’ai été étonnée, c’est quand ils m’ont appelé pour faire ça, parce que souvent les voix qui font les dessins animés c’est toujours des voix un peu plus hautes et moi j’ai dit mais attention ma voix ce n’est pas un peu… et non, ça passe ! »

Vous pensiez ne pas avoir la voix de la Dame blanche ?

« Bah oui, mais ça m’a amusé et il paraît que les enfants adorent, alors c’est le principal pour moi. C’est la première fois que je fais ça et j’espère que ça va continuer. »