Son mari libéré, Svetlana Tsikhanovskaïa appelle Prague à maintenir la pression sur Minsk

Sergueï Tsikhanovski

Le 21 juin, quatorze prisonniers politiques enfermés en Biélorussie ont été libérés par l’entremise de la diplomatie américaine. Parmi eux, l’opposant politique biélorusse Sergueï Tsikhanovski, condamné à près de vingt ans de prison en 2021. Interviewée par l’Agence de presse tchèque ČTK, sa femme, Svetlana Tsikhanovskaïa, appelle Prague à ne pas relâcher la pression sur Minsk.

C’est le visage émacié, le corps amaigri et le regard hagard que Sergueï Tsikhanovski a retrouvé sa femme sous l’œil des caméras fin juin. Et pour cause, après cinq ans passés dans les prisons du régime biélorusse et la perte de soixante kilos, l’ancien youtubeur et opposant politique n’est plus que l’ombre de lui-même. Métamorphosé physiquement, sa propre fille, âgée de dix ans, a peiné à le reconnaître. Ce n’est qu’au son de sa voix que son visage s’est éclairé. Sa femme Svetlana Tsikhanovskaïa témoigne :

Svetlana Tsikhanovskaïa et son mari Sergueï | Photo: Darius Mataitis,  ČTK/imago stock&people

« Notre fille n’a pas reconnu son propre père. Nous voyons bien comment les prisonniers politiques changent dans les prisons et Sergueï n’a pas fait exception. Il a fallu lui dire ‘Je suis ton père’ pour qu’elle comprenne que c’était bien lui. Il y a eu bien sûr un torrent de larmes, mais aussi de l’incrédulité face à tout ce qu’il s’est passé. [...] Mais maintenant nous avons un père et un mari sur lequel nous pouvons compter. »

En mai 2020, Sergueï Tsikhanovski est arrêté alors qu’il est en campagne pour les élections présidentielles d’août. Sa femme, Svetlana, se résout alors à se présenter à sa place, mais n’obtient, selon les résultats officiels, que 10 % des suffrages, contre 80 % pour le président sortant Alexandre Loukachenko, au pouvoir en Biélorussie depuis 1994. L’opposition dénonce des fraudes massives. Pendant plusieurs mois, des centaines de milliers de Biélorusses descendent dans la rue à travers tout le pays pour exprimer leur mécontentement et réclamer de nouvelles élections, en vain. Le régime répond par la violence et de nombreuses arrestations. Svetlana Tsikhanovskaïa est finalement contrainte à l’exil et se réfugie de l’autre côté de la frontière, à Vilnius en Lituanie. Son mari, lui, est condamné en décembre 2021 à dix-huit ans de prison pour « organisation de troubles massifs » et « incitation à la haine » notamment, puis à dix-huit mois supplémentaires pour « insubordination ».

Ces cinq années d’emprisonnement, Sergueï les passe principalement à l’isolement, sans soins médicaux et souvent sans nourriture. Alors, quand le 21 juin Svetlana apprend la libération de son mari, elle refuse d’y croire : « C’était vraiment inattendu pour moi. J’ai été surprise quand il m’a appelé de la frontière », confie la cheffe de l’opposition biélorusse à l’Agence de presse tchèque ČTK. « Toutes ces années, j’ai ressenti une douleur personnelle, maintenant c’est une joie personnelle, mais je me réjouis seulement intérieurement car je n’arrête pas de penser aux milliers de personnes qui restent derrière les barreaux. »

Poursuivre le soutien à Radio Free Europe

Pour le couple, désormais réuni, le combat est, en effet, loin d’être fini. Selon l’ONG de défense des droits de l’homme Viasna, 1 166 prisonniers politiques croupiraient encore dans les geôles biélorusses.

Dans leur combat, Sergueï et Svetlana peuvent néanmoins compter sur la Tchéquie, comme l’illustre l’ouverture, l’an passé à Prague, du Bureau des forces démocratiques de Biélorussie, qui se veut être une passerelle entre les sociétés civiles biélorusse, tchèque et européenne.

« J’apprécie beaucoup la position ferme de principe de la République tchèque à l’égard du régime de Loukachenko, et ce, depuis l’époque de Václav Havel, un autre de nos héros », confie Svetlana Tsikhanovskaïa à ČTK. Celle qui incarne désormais à l’international l’opposition biélorusse appelle à maintenir la pression sur le régime de Loukachenko et à soutenir le peuple biélorusse et les médias indépendants. « Dans ce contexte, nous appelons les autres pays à soutenir Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) qui est basée à Prague. Pour la Biélorussie, son existence est très importante dans la lutte contre la propagande », martèle Tsikhanovskaïa.

Le service biélorusse de RFE/RL, connu localement sous le nom de Radio Svaboda, a été créé en 1954, durant la guerre froide. Selon une enquête réalisée en 2024 en Biélorussie, Radio Svaboda continue de toucher chaque semaine 7,4 % de la population adulte biélorusse, avec ses informations émises depuis Prague et Vilnius.

Mi-mars, le président américain Donald Trump a cependant annoncé réduire drastiquement les fonds alloués à l’Agence américaine pour les médias mondiaux (USAGM) qui finance notamment RFE/RL. Prague tente depuis de trouver de nouveaux financements pour la radio qui diffuse dans une vingtaine de pays où la liberté des médias est entravée et le travail des journalistes risqué. Parmi les treize autres prisonniers libérés aux côtés de Sergueï Tsikhanovski, en juin, figurait notamment un journaliste de Radio Free Europe/Radio Liberty.