Tugendhat

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Les années vingt du XXe siècle ont vu la naissance d'un nouveau courant dans l'architecture - le fonctionnalisme - style qui met au second plan le caractère décoratif de la construction pour souligner le rôle primordial de chaque bâtiment - sa fonctionnalité. Dans les années vingt, le chef-lieu de l'architecture moderne, en Tchécoslovaquie, n'était pas Prague, mais Brno. A l'époque, un groupe d'architectes s'est créé dans la capitale morave, dirigé par Bohuslav Fuchs, Jiri Kroha ou Arnost Wiesner, qui ont fait venir à Brno d'autres personnalités de l'architecture mondiale, dont Ludwig Mies van der Rohe (1886-1969), auteur de la plus importante et la plus belle construction fonctionnaliste en Tchécoslovaquie - la villa Tugendhat. Vers la fin de l'année dernière, ce bijou du fonctionnalisme tchèque a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

La villa Tugendhat doit son nom à ses propriétaires, les époux Tugendhat qui, après avoir rencontré l'architecte Ludwig Mies van der Rohe à Berlin, en 1928, lui ont demandé de leur projeter une villa à Brno. M. Tugendhat était un riche commerçant juif possédant plusieurs usines textiles, à Brno. D'ailleurs, à l'époque, on appelait Brno le «Manchester morave», grâce surtout à l'entreprise Tugendhat qui fabriquait le velours à partir des matériaux originaux importés de Grande-Bretagne. Les travaux de construction ont été entamés, en 1929, pour être achevés un an plus tard. L'architecte a eu une seule condition: il s'occupera de tout alors que les Tugendhat devront respecter toutes ses décisions, à partir de la division de l'espace, jusqu'au choix des couleurs, du mobilier, des lampes, des tapis et d'autres accessoires, en passant par le choix des arbres plantés dans le jardin entourant la villa. Les Tugendhat ont tout accepté même s'ils l'ont, plus d'une fois, regretté, plus tard. De l'extérieur, la maison offre en effet une impression un peu austère, voire triste. Elle m'a fait penser à une station de lavage. Quant à l'intérieur, Rohe a complètement supprimé la notion des chambres séparées, en faveur d'un grand espace, divisé à l'aide de cloisons en verre ou maçonnées.

Le hall du rez-de-chaussée a de grandes fenêtres de 3 à 4 mètres qui remplacent les deux murs de la maison tournés vers le jardin et qui, pour s'ouvrir, entrent dans le plancher. Tout cela pour créer l'illusion que l'espace extérieur, lui aussi, fait partie de la maison. C'est pourquoi, les couleurs intérieures sont amorties pour que les couleurs du parc puissent entrer dans le hall. Voici une histoire à ce propos. M. Tugendhat avait voulu accrocher au mur de sa chambre le portrait de son grand-père, mais Rohe l'a refusé. Pour lui, c'est la fenêtre et le jardin qui sont de vraies oeuvres d'art. Le hall ou la salle d'accueil comprend aussi une salle à manger, ses deux espaces étant séparés par une planche d'onyxe importée d'Afrique. L'onyxe est une variété d'agate remarquable par sa finesse et par des raies parallèles et concentriques de diverses couleurs. La planche est placée de sorte que les rayons de soleil, qui la pénètrent, projettent sur les meubles et sur le plancher le jeu de lumière de différentes couleurs. La villa est bâtie sur une pente qui offre une vue magnifique sur la ville, ses tours et ses églises, et nous donne l'impression d'être toujours en contact avec la verdure du jardin. La villa Tugendhat, avec ses colonnes en acier élancées et le système d'air conditionné, est une oeuvre technique parfaite. Pour atteindre une forme simple et parfaite à la fois, à laquelle on ne peut rien ajouter, ni enlever Rohe utilisait les matériaux les plus fins, dont le bois de l'ébénier, la pierre semi-précieuse, ou les colonnes chromées. Ce choix de matériaux de construction a fait augmenter le coût du bâtiment à des centaines de millions de couronnes.

Les Tugendhat se sont installés dans leur nouvelle villa, en 1930, mais leur plaisir d'un nouveau domicile ne devait pas durer longtemps. En 1938, ils fuient le nazisme et partent pour la Suisse, puis pour le Venezuela, où ils sont morts. Pendant la guerre, la villa a été occupée par les Allemands qui y avaient arrangé un atelier des usines Messerschmitt, dans lequel on projetait des avions. Les Allemands ont pillé la villa, puis, après la défaite, ils l'ont livrée à la merci de l'armée russe qui allait achever le travail destructeur. En 1955, la villa est devenue la propriété de l'Etat qui y avait placé un centre de rééducation pour enfants. En 1963, la villa Tugendhat a été proclamée monument culturel et a subi une reconstruction plutôt néfaste, car elle ne respectait pas le projet initial de cette construction. Après 1989, la villa Tugendhat a été le théâtre de plusieurs rencontres importantes, dont celle entre les Premiers ministres tchèque et slovaque, Vaclav Klaus et Vladimir Meciar, sur la future partition de la fédération. Aujourd'hui, elle abrite un musée, et la mairie de Brno y organise des manifestations culturelles et mondaines. Quant au destin de la famille Tugendhat, après la guerre, ils sont revenus en Tchécoslovaquie, mais ils n'envisageaient pas de s'y installer. Avec l'accès au pouvoir des communistes, ils ont décidé d'offrir leur villa à l'Etat. La fille, Daniela Hammer-Tugendhat, installée à Vienne actuellement, s'est rendue à Brno, en 1990, pour remettre aux architectes une documentation détaillée de la villa.

Voici encore quelques mots sur l'auteur de la villa Ludwig Mies van der Rohe. Il est né en 1886, à Aix-la-Chapelle, mais bientôt ses parents déménagent à Berlin. En 1929, il réalise le plan du pavillon allemand pour l'exposition universelle de Barcelone, qui rappelle un peu la villa Tugendhat. En 1938, van der Rohe s'installe aux Etats-Unis. La galerie, construite à Berlin-Ouest, est sa dernière construction européenne importante. L'architecte Ludwig Mies van der Rohe est mort en 1969. Que dire à la fin ' Si vous vous retrouvez un jour à Brno, n'hésitez pas à visiter la villa Tugendhat, 45, rue Cernopolni.

Auteur: Astrid Hofmanová
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