Václav Havel et le théâtre à l’honneur au Centre tchèque de Paris

Centre tchèque de Paris, photo: Kenyh Cevarom, CC BY-SA 3.0 Unported

Direction Paris, et plus particulièrement la rue Bonaparte où se trouve le Centre tchèque. Le début de l’année 2016 est l’occasion toute trouvée pour évoquer le programme du Centre jusqu’au début de l’été, un programme marqué notamment par beaucoup de représentations théâtrales, notamment en lien avec le 80e anniversaire de l’ancien président tchèque et dramaturge, Václav Havel, décédé il y a quatre ans. Et puis, le directeur Michael Wellner-Pospíšil termine justement son mandat à la tête de cette institution culturelle tchèque, ce qui nous donnera également la possibilité de revenir sur ses années passées à la tête du Centre.

Michael Wellner-Pospíšil,  photo: Centre tchèque de Paris
Michael Wellner-Pospíšil, bonjour. Comment va le Centre tchèque en ce début d’année 2016 ? On sait quels événements terribles ont frappé Paris fin novembre. Est-ce qu’en tant qu’institution culturelle vous avez ressenti le choc des attentats de Paris ?

« Oui, et nous ne sommes pas les seuls évidemment. Ça se voit d’ailleurs dans les rues, il y a moins de voitures, plus de policiers et de militaires. Le nombre de visiteurs a chuté un peu partout, dans les musées, pour les grandes expositions. D’une certaine façon, c’est avantageux de visiter le Louvre ces temps-ci, car il n’y a pas ces queues interminables. Je ne sais pas si c’est dû à la peur mais c’est plutôt que les gens n’ont pas trop envie de sortir. Nous le ressentons particulièrement pour nos concerts de jazz qui ont lieu tous les vendredis. Il y a eu une chute assez notable du nombre de visiteurs juste après les attentats. Mais le premier concert de cette année vendredi 15 janvier a par contre eu un certain succès. En tout cas c’est imprévisible… »

Espérons que l’envie de culture va revenir. Passons à la programmation du centre. A l’heure où nous diffusons cet entretien, se déroule une grande rétrospective Miloš Forman à Angers, dans le cadre du festival Premiers plans, et qui va accueillir de nombreux intervenants. Dites-nous en davantage…

Centre tchèque de Paris,  photo: Kenyh Cevarom,  CC BY-SA 3.0 Unported
« Nous sommes liés d’amitié avec les gens d’Angers. Déjà l’an dernier, nous avons organisé une grande exposition de Jiří Bárta. De ces relations est née notamment la rétrospective Miloš Forman. Malheureusement nous ne participons pas vraiment directement, mais nous avons participé au choix des films ou de certains intervenants, comme par exemple Jean-Claude Carrière et d’autres. Evidemment, nous aidons au niveau de la communication pour que ces films soient vus au maximum. Mais je ne pense pas que notre communication change grand-chose car les films de Forman sont déjà bien appréciés en France. Ce sera un grand succès même sans notre aide. »

Plusieurs événements de théâtre se déroulent en coopération avec le Centre tchèque. Commençons évidemment par un des événements phare, le cycle Václav Havel, dédié à l’ancien président et dissident qui aurait fêté ses 80 ans cette année…

« Oui, nous avons un cycle de ses pièces. Il s’agit d’Audience, Vernissage, Pétition et Le rapport dont vous êtes l’objet, de la compagnie Libre d’esprit avec laquelle nous travaillons depuis plusieurs années. Ce cycle démarre au mois de janvier et va durer jusqu’en juin. Nous sommes très contents d’avoir cette compagnie chez nous, car ils travaillent de manière originale. Chaque comédien connaît tous les rôles, et ils tirent au sort juste avant la représentation pour répartir les personnages. Aucun des comédiens ne sait exactement le rôle qu’il va jouer le soir-même. Cela donne une ambiance originale aux représentations ! A chaque fois, la représentation est un peu différente. Nous allons aussi travailler avec un théâtre de Litvínov, Docela velké divadlo, qui viendra chez nous au mois de mai pour présenter ses pièces. »

Václav Havel,  photo: Tomáš Vodňanský,  ČRo
Puisque l’on parle de Havel et de ces mises en scène par la compagnie Libre d’esprit qui étaient présentes au Off du festival d’Avignon, y aura-t-il une présence tchèque à Avignon cette année ?

« Je crois qu’il n’y aura que Le rapport dont vous êtes l’objet mais sinon je n’ai pas d’autres renseignements. Par contre nous travaillons à Avignon avec la Maison Jean Vilar qui est dirigée par Lenka Boková. Là, ce n’est pas vraiment au niveau théâtral, mais la présence tchèque va être un peu assurée par l’intermédiaire de cette Maison Jean Vilar. Par le passé, nous avons organisé par exemple un atelier de traduction autour des poèmes de Vladimir Holan, mais aussi une exposition autour de Vaclav Havel en 2012. Mais autrement,

Bohumil Hrabal sera également à l’honneur à Lyon en avril, avec une adaptation d’Une trop bruyante solitude, mais aussi à Paris, avec une autre adaptation du même roman, et ce, en février. Hrabal semble fasciner les metteurs en scène…

Bohumil Hrabal,  photo: ČT
« C’est notamment ce texte, Une trop bruyante solitude, qui fascine les gens du théâtre, mais aussi de cinéma. Vous le savez, Věra Cais a réalisé un film il y a plus de quinze ans avec Philippe Noiret et où j’ai eu la chance d’être le premier assistant. Hrabal fascine aussi les auteurs de bande-dessinée puisqu’il a été aussi adapté. Là, la pièce va être au théâtre de Belleville, à partir du mois de février et jusqu’en mars. C’est un auteur relativement connu en France auquel nous consacré un grand colloque organisé avec la Sorbonne. Nous sommes très contents que l’intérêt perdure. »

Et puis, une autre mise en scène est à relever encore, La Chambre de Milena où joue d’ailleurs le comédien français Daniel Mesguich…

« Là nous ne participons que par la communication autour et c’est à peu près tout ce que l’on fait. Mais ce sera sans nul doute extraordinaire car Daniel Mesguich est un grand comédien et metteur en scène. »

On en a parlé un peu au début de l’entretien. Qu’en est-il du Paris-Prague Jazz Club ? Je crois savoir que les concerts de jazz font partie des rendez-vous à succès du Centre tchèque…

« J’avais très peur de l’évolution, car pendant deux ans, le Paris-Prague Jazz Club a été fermé en raison des travaux dans le bâtiment du Consulat tchèque qui est à la même adresse que celui du Centre tchèque. Nous avons rouvert le 25 septembre 2015. Ça a très bien démarré jusqu’aux attentats. Cette année, le premier concert a à nouveau été un succès. On va donc voir si ça va reprendre comme avant. En tout cas, c’est effectivement la programmation du Centre tchèque, qui permet au visiteur de découvrir la culture tchèque, de savoir ce qu’on fait d’autre que le jazz. C’est aussi pour nous un outil de communication… »

2016 fait toujours partie en France des célébrations du centenaire de la Grande guerre. Y aura-t-il des événements franco-tchèques aussi en lien avec ces commémorations ?

« Dans le passé nous avons beaucoup travaillé avec un ensemble de musiciens qui s’appelle Calliopée, qui était d’ailleurs en résidence au Centre tchèque et qui à l’heure actuelle sont en résidence au Musée de la Grande Guerre à Meaux. Donc au travers de cet ensemble, nous y sommes aussi un peu. Mais sinon nous n’avons pas prévu quelque chose de spécial lié à la Grande Guerre. »

Vous achevez votre mandat de directeur du Centre tchèque. Ce mandat n’était pas le premier puisque vous avez été pendant sept ans directeur du Centre tchèque de Paris également au début des années 2000. Puis à Sofia en Bulgarie, puis à Prague, avant de revenir à Paris. Quel bilan tirez-vous de votre travail à Paris ?

Paris-Prague Jazz Club,  photo: Centre tchèque de Paris
« Je pense avoir fait pas mal de choses. Au hasard, la création du Paris-Prague Jazz Club en 2001… Ce qui m’a fait plaisir, c’est que ce club de jazz a continué même pendant mon absence. Nous avons fondé aussi le Festival international de jazz, Jazzy Colors, qui fonctionne depuis 2002. Trente Etats y participent. J’ai lancé la Nuit de la littérature, une idée née à Prague, qui n’existait pas à Paris. Cette année, elle va en être à sa quatrième édition. C’est fait en coopération avec le FICEPS, le Forum des instituts culturels de Paris que j’ai cofondé aussi en 2001 ou 2002. »

Et pour vous personnellement, que vous a apporté cette mission ?

« Ça m’a apporté beaucoup de choses : j’ai pu développer toutes mes relations en France et en République tchèque. C’était un mélange assez fructueux de ces connaissances et ces contacts. Un centre culturel est basé sur une connaissance approfondie avec des artistes et des organismes. En même temps, c’est un développement personnel. Cela a été extrêmement enrichissant pour moi aussi ! »

Comment envisagez-vous la suite ? En France, en République tchèque ? Dans les deux pays ?

« Je pense que je vais vivre entre les deux pays, mais peut-être serai-je davantage basé à Prague. C’est très proche, mais en même temps très loin. Vous savez, je vis en France depuis 1980 donc ça va faire 36 ans… En fait, j’ai vécu davantage en France que dans mon pays natal, donc je vais essayer de rattraper un peu la différence. Mais je pense clairement osciller entre les deux pays. »

Et continuer à être une passerelle ?

« Tout-à-fait… »