Au bonheur des Tchèques

Photo illustrative: Lenka Žižková
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Les Tchèques n’auraient, paraît-il, jamais été aussi heureux qu’ils ne le sont aujourd’hui, plus concrètement depuis 1991 et le début des grands changements politiques et économiques. Ce constat serait d’autant plus vrai en Moravie. C’est du moins ce qui ressort d’une enquête menée en 2017 par une équipe de chercheurs de la Faculté des études sociales de l’Université Masaryk de Brno. En y regardant d’un peu plus près, le tableau est toutefois moins rose qu’il n’y paraît.

Photo illustrative: Lenka Žižková
C’est un Slovaque, mais une authentique star tchécoslovaque, le paradoxalement maniaco-dépressif Michal Müller, qui le chante – en tchèque s’il vous plaît - dans un des tubes les plus repris par les radios tchèques et slovaques depuis sa sortie en 1999 : « Štěstí je krásná věc » - « Le bonheur est une belle chose ». Tout simplement. Une chose si belle que, selon l’enquête en question, 90 % des Tchèques affirment se sentir « heureux » ou au moins « plutôt heureux ». Mieux même, le nombre de Tchèques qui se disent « très heureux » a plus que doublé entre 1991 et 2017 (de 7 % à 18 %). Sociologue de l’Université Masaryk de Brno, Petr Fučík tient toutefois à quelque peu relativiser ces données. Il explique pourquoi à travers un exemple concret :

Petr Fučík,  photo: Site officiel de l'Université Masaryk de Brno
« Nous avons étudié ce que nous appelons les orientations de valeurs et les positions, c’est-à-dire plutôt ce que les Tchèques pensent que ce qu’ils font vraiment. Les conclusions générales ont toujours tendance à simplifier et donc à déformer la réalité. Les Tchèques sont des gens très divers. Mais disons quand même que le degré de tolérance pour ce qui est de la vie de famille a augmenté ces vingt dernières années. Nous sommes de plus en plus tolérants pour tout ce qui est des divorces, des différentes formes de la vie en couple ou encore les enfants hors mariage. En revanche, nous sommes moins tolérants pour tout ce qui est différent de ce que nous sommes nous ou de la manière dont nous vivons, autrement dit vis-à-vis des étrangers. C’est d’ailleurs là un paradoxe. »

Au fil des années et de l’augmentation régulière pour une majorité de la population du niveau de vie, les Tchèques ont pris conscience, croissance économique et faible taux de chômage aidant, qu’il faisait finalement plutôt bon vivre dans leur pays avec des inégalités sociales certes grandissantes, mais toujours moins marquées que dans d’autres pays plus riches. Les jeunes vivant en Moravie constitueraient la catégorie de la population la plus heureuse. Plus généralement, 28 % des Moraves, toutes catégories d’âge confondues, se disent « très heureux », contre seulement 14 % à Prague, qui, selon Eurostat, est la septième région la plus riche au sein de l’Union européenne (cf. : https://www.radio.cz/fr/rubrique/economie/eurostat-prague-est-la-7e-region-la-plus-riche-de-lue).

D’autres éléments de l’enquête sont néanmoins moins réjouissants et confirment des tendances négatives observées sur le long terme. Ainsi, seuls 23 % des personnes interrogées affirment faire confiance aux autres. Plus généralement, le climat social semble se dégrader. 64 % des Tchèques ne veulent pas de voisins roms et préféreraient que le nombre d’immigrés soit le moindre possible. Des craintes infondées selon les auteurs mêmes de l’enquête mais qui, toujours selon eux, seraient naturellement humaines. CQFD.