Au Rwanda, un Tchèque aide des femmes handicapées à retrouver une place dans la société

Petr Pavel a visité les locaux de l’ONG Talking Through Art

Dans le cadre de sa visite au Rwanda, où il a participé aux commémorations des 30 ans du génocide des Tutsis, le président tchèque Petr Pavel a également eu la possibilité de rencontrer des Tchèques qui vivent et travaillent à Kigali. Parmi eux, Petr Kočnar qui a lancé en 2015 une ONG appelée Talking Through Art qui donne une seconde chance à des femmes handicapées en les formant à la création de produits artisanaux, en leur permettant d’avoir un salaire et de gagner en indépendance. Au micro de Radio Prague Int., Petr Kočnar a évoqué son travail et la visite du chef de l’Etat tchèque dans les locaux de l’ONG.

Petr Kočnar | Photo: Radio Prague Int.

« Cela fait 9 ans que l’ONG existe. Depuis tout petit, j’ai toujours aimé et rêvé d’Afrique. J’ai vécu trois ans au Kenya où j’avais une ferme, mais j’ai décidé de déménager au Rwanda avec l’idée d’apprendre le français – même si ça n’a pas trop marché ! J’ai toujours voulu travailler dans des projets humanitaires. En marchant dans Kigali, la capitale, je croisais beaucoup de femmes handicapées et ça me rendait triste de les voir faire la manche. J’ai eu l’idée de leur demander de faire quelque chose ensemble. Les autorités locales m’ont poussé à créer officiellement une association parce qu’on ne peut pas faire quelque chose de ce type de manière informelle. Assez rapidement, j’ai imaginé qu’on puisse fabriquer des sortes de récipients rwandais traditionnels, dans lesquels on apporte par exemple des cadeaux lors de mariages. Mon idée a été de leur conférer un design totalement différent afin qu’ils soient uniques et se vendent mieux. Et nous avons en effet réussi à nous faire voir, nous faire connaître et à vendre nos produits. Aujourd’hui, nous pouvons ainsi employer 80 femmes. »

Photo: Archives de Talking Through Art

Vous avez commencé il y a presque 10 ans, comment le projet a-t-il évolué depuis ?

Photo: Archives de Talking Through Art

« Les deux trois premières années, c’était un peu le chaos. Je ne savais pas exactement ce que je faisais, ce que j’attendais du projet. J’ai fait des études à l’Ecole des Arts et Métiers, j’ai étudié le design intérieur et je me suis dit que je pourrais leur transmettre quelque chose de ce que j’avais appris. J’ai d’abord pensé à des tableaux, des bijoux, et puis j’ai eu l’idée de ces récipients. J’ai d’abord utilisé mes propres fonds pour financer l’ONG. A partir de trois, quatre ans, on a commencé à se faire un nom. Au début, on était 10-15 personnes. Par la suite, j’ai commencé à dire à ces femmes d’en parler à d’autres qui comme elles pourraient être intéressées. Et donc neuf ans plus tard, nous avons 80 femmes qui bénéficient de notre aide.

Talking Through Art | Photo: Petr Kupec,  ČTK

Plus tard, nous avons obtenu une subvention grâce à l’ambassade de Tchéquie à Nairobi. Cela nous a permis d’acheter des machines à coudre qui servent aux femmes qui ne savent pas tisser les récipients, mais qui peuvent ainsi fabriquer d’autres produits. »

Photo: Archives de Talking Through Art

De quoi êtes-vous le plus fier en termes de développement et de réalisations de l’ONG ?

Photo: Archives de Talking Through Art

« Je suis fier de deux choses. Nous avons découvert que certaines de ces femmes avaient un véritable talent artistique qu’elles ignoraient elles-mêmes ! Elles créent des choses qui sont de véritables œuvres d’art. Sur les 80 femmes qui travaillent chez nous, c’est le cas pour deux d’entre elles notamment. Et il faut savoir qu’une des deux tisse les récipients avec une seule main, car elle a perdu l’autre dans un accident de voiture. Elle est capable de créer un design à nul autre pareil. Je suis très fier d’avoir découvert ce talent et d’avoir pu aider quelqu’un. Ensuite, je suis heureux d’avoir pu transmettre une sorte de message : de nombreux Rwandais ne croyaient pas que des personnes handicapées puissent accomplir quelque chose. Aujourd’hui, ils peuvent voir que ces femmes font des choses, sont bien payées. Ils sont bien obligés de reconnaître qu’une personne handicapée est tout à fait capable d’accomplir des choses. »

Talking Through Art | Photo: Petr Kupec,  ČTK

Le président tchèque Petr Pavel a visité les locaux de votre ONG samedi, comment s’est déroulée la visite ?

Petr Kočnar et Petr Pavel | Photo: Archives de Talking Through Art

« J’étais un peu préparé, mais je dois dire que j’étais un peu nerveux alors que ce n’est pas trop mon caractère. Mais très vite en discutant avec elle, la nervosité a disparu car il est très sympathique. Je n’avais même pas trop l’impression de parler au chef de l’Etat. Nous avons parlé du Rwanda, de mon travail au sein de l’ONG. J’ai été invité à dîner le soir, de même que tous les autres Tchèques qui travaillent ici. Et je me suis retrouvé assis à ses côtés, donc notre conversation a continué autour de différents sujets, dont les relations entre la Tchéquie et le Rwanda. C’était une très bonne journée. »

La République tchèque a été l’un des rares pays à avoir une approche proactive en 1994 aux Nations unies et à qualifier les massacres de génocide. Ambassadeur à l’ONU d’une République tchèque à l’époque membre non-permanente du Conseil de sécurité, Karel Kovanda a en effet été parmi les premiers à dénoncer le génocide alors en cours au Rwanda. Dans quelle mesure la présence de Petr Pavel au Rwanda à l’occasion des commémorations des 30 ans du génocide était importante selon vous ?

Karel Kovanda | Photo: Zuzana Bönisch,  Bureau du Président de la République tchèque

« J’ai eu l’honneur de pouvoir rencontrer Karel Kovanda lors de ce dîner. Je suis très heureux du fait que la Tchéquie ait cette réputation au Rwanda, grâce à lui et son intervention à l’époque. Son nom est connu et il est clair que son rôle n’est pas oublié ici. Je pense qu’il était très important que Petr Pavel vienne ici rendre aux hommages aux victimes de ce génocide. Il a aussi pu s’entretenir avec le président rwandais des relations entre nos deux pays, alors que le Rwanda a récemment ouvert une ambassade à Prague. Donc oui, c’était une visite importante. »

Petr Pavel avec le président rwandais Paul Kagame | Photo: Zuzana Bönisch,  Bureau du Président de la République tchèque

Dans quelle mesure pensez-vous qu’il est important que le gouvernement tchèque oriente sa politique étrangère vers le Rwanda en particulier, mais aussi plus globalement en direction du continent africain ?

Petr Pavel lors de la cérémonie des commémorations des 30 ans du génocide | Photo: Zuzana Bönisch,  Bureau du Président de la République tchèque

« Parce qu’il faut savoir que le Rwanda est un très bon exemple de pays en évolution. Seuls 30 ans se sont écoulés depuis le génocide et les autorités locales ont totalement transformé le pays. Il y a eu un énorme investissement et cela va avoir des conséquences sur son avenir. Je pense que cela peut servir d’inspiration pour d’autres pays. Notamment je pense à la lutte contre la corruption : ici la plupart des paiements se font via internet et il est quasiment impossible d’avoir recours au système de don d’enveloppe. Globalement, ça bouge beaucoup sur le continent africain qui évolue très rapidement. Donc je pense que cela peut tout à fait être intéressant pour la Tchéquie qui est en train de développer ses relations commerciales avec le pays. »

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