Conférence de l’OTAN à Prague sur la défense antimissile : la base radar américaine au programme sans Condoleezza Rice

Jaap de Hoop Scheffer et Karel Schwarzenberg, photo: CTK

Ce lundi s’est déroulée à Prague une conférence internationale de l’OTAN sur les perspectives de la défense antimissile. Au cœur des débats de la conférence, le projet américain d’installer un système antimissile en République tchèque et en Pologne.

Mirek Topolánek et Jaap de Hoop Scheffer, photo: CTK
« Il est quand même mille fois mieux d’essuyer des critiques parce qu’on fait face à une menace, plutôt que de ne pas y faire face et ainsi mettre en danger la vie des citoyens. Il est mille fois mieux être Churchill que Chamberlain. »

Mieux vaut être Churchill que Chamberlain… le ton était donné dans le discours d’ouverture de la conférence prononcé par le premier ministre tchèque Mirek Topolánek, avec cette allusion aux Accords de Munich. Une rhétorique qui n’est d’ailleurs pas nouvelle chez les défenseurs de l’implantation de la base radar américaine en RT.

Au sommet de l’OTAN de Bucarest en début avril, le projet de bouclier antimissile américain a recueilli le soutien des dirigeants de l’OTAN. Un soutien qui allait toutefois de paire avec une volonté que le système soit à l’avenir intégré à une stratégie globale de défense dans le cadre de l’Alliance. Pour l’heure, aucune proposition concrète n’a été faite. Le secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a indiqué que la défense antimissile américaine était un pas important en avant dans le cadre de l’OTAN, mais est resté évasif sur son intégration future, précisant que plusieurs variantes allaient être étudiées. De concert avec Mirek Topolánek, il a également tenu à souligner la nécessité d’impliquer la Russie dans les discussions, la Russie rappelons-le, qui voit d’un mauvais œil la base radar, mais semble avoir mis un frein à ses critiques. Jiříi Šedivý, ancien chef de l’Etat-major tchèque :

« Ces derniers temps, j’ai tendance à croire que les déclarations dures de certains dirigeants russes et issus de l’armée ont tendance à s’atténuer. Les conclusions de Bucarest invitent à discuter avec la Russie à différents niveaux, mais également qu’il est nécessaire de proposer à la Russie de collaborer à la défense antimissile. »

Lubomír Zaorálek
Pendant ce temps-là, des militants de Greenpeace campent toujours dans les monts Brdy, au sud-ouest de Prague. Cela fait une semaine qu’ils manifestent ainsi leur désaccord avec l’implantation du radar dans cette région. Rappelons qu’une grande partie de l’opinion tchèque est contre. Pour le vice-président de la chambre des députés, Lubomír Zaorálek, social-démocrate, dans l’opposition, à la conférence de ce lundi fait surtout défaut un équilibre des opinions :

« Je ne vois pas très bien à quoi sert cette conférence où des convaincus prêchent à des convaincus. Ce qui me gêne, c’est qu’il y manque des opinions contradictoires, des hommes politiques issus de l’opposition. Et pas uniquement de République tchèque. En Europe, on trouve d’autres personnes que des défenseurs du radar et de la politique actuelle de l’OTAN. »

Jaap de Hoop Scheffer et Karel Schwarzenberg, photo: CTK
Lors de l’ouverture de la conférence, le secrétaire général de l’OTAN s’est pourtant voulu apaisant et a souligné qu’il respectait les opinions contradictoires et qu’il comprenait les craintes d’une partie de la population et de la classe politique. A l’origine, la secrétaire d’Etat américaine Condoleeza Rice devait être présente ce lundi afin de signer l’accord principal sur le radar, mais aussi l’accord SOFA qui définit les conditions de la présence militaire américaine en République tchèque. Finalement, Américains et Tchèques devraient les signer début juin, avant qu’ils soient soumis au Parlement.