Courrier des auditeurs

"El sueño checo", Vít Klusák y Filip Remunda
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Cette semaine, dans le Courrier des auditeurs, je vous propose de prendre connaissance d'extraits de quelques-unes des autres réponses en français que vous nous avez envoyées pour le concours annuel de Radio Prague. Car si nous avons eu une grande gagnante, Klara Pedisic, de Zagreb en Croatie, ainsi que deux auditeurs des émissions en langue française dont les réponses ont été sélectionnées parmi les meilleures, il faut quand même rendre hommage aux autres personnes qui ont participé.

Rappelons pour mémoire que la question était : « Quel est le film tchèque qui vous a le plus marqué et pourquoi ? ». Si une majorité d'auditeurs ont évoqué des longs métrages de grands réalisateurs connus tels que Jiri Menzel, Milos Forman ou Vera Chytilova, des films déjà relativement anciens qui font partie du patrimoine cinématographique mondial, cette semaine, mon attention a été retenue par une réponse qui évoquait un film documentaire tchèque qui avait fait pas mal de bruit à sa sortie. « Cesky sen », de Vit Klusak et Filip Remunda, sorti en France en novembre 2005 sous le titre « Un rêve tchèque ». Labiad Bouabid, du Maroc, nous a écrit :

« 'Un rêve tchèque' est le projet de fin d'études de deux étudiants en cinéma. Ils montent un canular mettant en scène un faux supermarché. Dans la République tchèque post-communiste, les habitants n'ont qu'une envie : consommer. La campagne de publicité fait venir plusieurs milliers de personnes devant une simple bâche représentant un supermarché et leur renvoyant la question sur leurs besoins de consommation. L'idée de cette supercherie provient d'une étude réalisée en 2002 par la société Incoma Research, montrant que 30% des Tchèques font majoritairement leurs courses dans des hypermarchés. Le consumérisme et la publicité font l'objet d'une attention soutenue. Lors du tournage, les auteurs ont préparé une campagne publicitaire massive (...) pour promouvoir l'ouverture d'un nouveau supermarché appelé Cesky sen (Le rêve tchèque). La campagne mettait en avant des prix incroyablement bas et une « surprise pour tout le monde » le jour de l'ouverture. Les slogans publicitaires étaient « Ne venez pas », « Ne dépensez pas », etc. Le jour de l'ouverture, des milliers de personnes sont venues à l'inauguration. Après la coupe du ruban, ils se sont mis à courir vers le nouveau supermarché, qui n'était en fait qu'un leurre formé d'une simple toile peinte imitant un supermarché. (...) Le film est sorti au moment où il y avait un débat sur l'entrée de la République tchèque dans l'Union européenne et montre l'obsession des gens pour les hypermarchés et le pouvoir de la publicité, mais aussi la volonté des citoyens tchèques d'être membres de l'Union européenne, ce qui est enfin réalisé. »

'Cesky sen'
Dommage que notre auditeur ne nous ait pas plus fait part de son point de vue personnel sur le film, mais oui, en effet, ce film documentaire très critique sur le « tout consommation » est une des réalisations tchèques les plus intéressantes de ces dernières années. Signe sans doute de cette réussite, « Cesky sen » est le tout premier documentaire tchèque à être distribué aux Etats-Unis depuis ce mois de juin.

Continuons avec une auditrice de Saida, en Algérie, Nacera Boubekeur, qui, elle aussi, a plutôt retenu une production cinéma récente. Elle a évoqué le film d'Ondrej Trojan, « Zelary », sorti en 2003, un long métrage qui a été également un vrai coup de projecteur sur une comédienne tchèque désormais confirmée, Anna Geislerova.

'Zelary'
« Ce film fut une révélation ! Cette histoire de courage, de ténacité et d'instinct de survie m'a surprise par sa beauté, sa profondeur et surtout la variété de sentiments humains qu'elle nous fait partager. Ce film amène à l'action quelques clichés propres aux longs métrages de guerre telles l'honneur, l'injustice, la dévotion et les tragédies. Ce film est très humain. Avec son rythme lent, il nous donne la possibilité de bien nous imprégner des sentiments du moment. Zelary est un très beau film qui séduit par son histoire, sa simplicité, sa fraîcheur, sa musique, sa cinématographie et par sa distribution. C'est une de mes belles découvertes 2006. Je ne sais pas pour vous, mais moi, j'adore les faits vécus. Je trouve que ces films arrivent à nous toucher davantage puisque nous savons que cette histoire a déjà été vécue par quelqu'un. Il est vrai que des histoires de guerre, on en a vu une quantité mais moi, je n'ai pas de problème avec cela. J'aime toujours en apprendre plus sur ce qui est arrivé. (...) Nous sommes en 2007 et la guerre existe toujours. Ce film parle de sensualité, de respect, de solidarité, d'ouverture sur l'autre, de partage, d'espoir et d'équilibre émotionnel. »

En effet, ce film, qui est plus un film sur la guerre qu'un film de guerre à proprement parler, porte en lui une grande intensité. Inspiré de la nouvelle de Kveta Legatova, Jozova Hanule, le film d'Ondrej Trojan a même été nominé pour les Oscars en 2004 dans la section « Meilleur film étranger ». S'il n'a pas remporté l'Oscar à Hollywood, il a été néanmoins abondamment récompensé par deux Lions tchèques pour le meilleur rôle féminin et le meilleur son.