Des relations franco-tchèques historiques, entre solidarité et déceptions

Antoine Marès

Jeudi soir, le professeur d’histoire Antoine Marès, spécialiste de l’Europe centrale dont il occupe la chaire à la Sorbonne, donnait une conférence sur le poids de l’histoire sur les relations franco-tchèques. L’occasion, à quelques mois des présidences successives de ces deux pays à la tête de l’UE, de revenir sur une histoire commune faite d’admiration, d’amitié, mais aussi de méconnaissance ou de déceptions.

« Il y a un substrat historique très riche qui a donné aux Français et aux Tchèques – mais surtout aux Tchèques – le sentiment d’une forte solidarité, d’une très forte proximité avec la France. Et les relations à ce moment-là s’établissaient non pas sur un plan étatique, mais sur un plan plus personnel. C’est ce qui se passe à la fin du XIXe siècle, début du XXe siècle, où la francophilie tchèque est un élément de construction, de constitution de l’identité tchèque, face à l’Allemagne en particulier. Et il y a eu des intérêts communs, ou le sentiment d’intérêts communs. Si l’histoire a ensuite pesé lourdement, c’est de façon étatique, puisque la France a contribué très largement à la création de la Tchécoslovaquie. Puis il y a la rupture de 1938. 1948 n’est, il est vrai, plus un élément commun aux Français, même s’il y a quand même du côté de Paris et de Prague le sentiment qu’on pourra échapper à la division de l’Europe et constituer une sorte de pont entre le monde occidental et le monde soviétique. 1968 est à nouveau un élément commun, même s’il y a évidemment beaucoup d’ambiguïtés dans les perceptions réciproques de 1968. »

Justement on a l’impression que dans les différences de perception qu’ont eues les peuples de l’histoire, que la France s’est sentie un peu loin de ce pays qu’elle avait pourtant contribué à faire naître, je pense notamment à la signature des accords de Munich en 1938. Avez-vous l’impression que les historiens qui se penchent aujourd’hui sur cette période, ont conscience de cette distance ?

« L’éloignement tient largement à l’asymétrie. Il est évidement que l’appétence du côté tchèque n’est pas au même niveau que du côté français. On pourrait multiplier les exemples et les anecdotes de cet éloignement, à propos des confusions qui ont été entretenues, nourries en France sur la Tchécoslovaquie, en oubliant que Prague est moins éloignée de Paris que Nice. Mais je pense qu’à l’heure actuelle, cet éloignement se réduit, et ce, pour des raisons évidentes : il n’y a plus ce rideau qui séparait l’Europe en deux, Prague est devenue une des destinations touristiques des Français à un niveau massif, donc il y a un contact, sans parler bien sûr du tourisme que les Tchèques peuvent faire en France. Il y a aussi une curiosité plus grande qui a été éveillée par le fait que la République tchèque est rentrée dans l’UE. Cela se manifeste par des contacts multiples, par des échanges étudiants et par la curiosité des jeunes Français pour ce pays. »

Auteur: Bertrand Schmitt
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