Discours du Nouvel an : quand Andrej Babiš appelle les Tchèques à l’imaginer en Harry Potter

Andrej Babiš, foto: ČT24

Dans son discours prononcé mercredi à l’occasion du premier jour de l’An, Andrej Babiš s’est montré résolument optimiste. Le Premier ministre estime que tous les signaux, économiques notamment, sont au vert. L’opposition l’a toutefois appelé à « retirer ses lunettes roses ».

Andrej Babiš, photo: ČT24

Le Premier ministre a entamé son discours en citant une question que Václav Havel s’était déjà posé en 1992 :

« Chers concitoyens, pourquoi à une période où aucun pouvoir étranger ne nous menace ni n’intervient dans nos affaires et où, en tant qu’Etat et que citoyens, nous avons pour la première fois depuis des siècles notre destin réellement entre nos mains, avons-nous si peu de raisons de réellement nous réjouir ? »

Andrej Babiš en est convaincu, et c’est le message qu’il a voulu transmettre aux Tchèques : leur pays traverse une des périodes les plus heureuses et les plus fructueuses de son histoire contemporaine. Même si certains indicateurs économiques lui donnent raison, comme le très faible taux de chômage qu’il a mis en avant, Petr Fiala, président du parti conservateur ODS, une des principales formations de l’opposition, a considéré que ce discours du Nouvel An, tant dans sa forme que dans son contenu, avait constitué un retour aux années 1980, quand l’ancien régime communiste prétendait que tout le monde se portait bien grâce à l’action du gouvernement et du premier ministre. Ce dernier n’en a toutefois pas démordu :

« Vous ne pensez pas que nous prospérons ? Moi, si. Et je vais vous dire pourquoi. Et je vais aussi vous dire ce que nous prévoyons de faire pour que cette période que je considère comme très bonne, ne s’arrête pas. Peut-être un miracle adviendra-t-il et serons-nous d’accord. Je le souhaite. Oui, la République tchèque se porte bien. Elle se porte vraiment bien. »

Andrej Babiš a ainsi rappelé que l’agence Moody’s avait augmenté la note financière de la République tchèque pour la porter au niveau de celle de la Belgique, soit la notation la plus haute jamais atteinte (cf. : https://www.radio.cz/fr/rubrique/economie/moodys-releve-la-notation-financiere-de-la-republique-tcheque).

De même, a également souligné le Premier ministre, la République tchèque, selon les dernières données publiées par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), continue de rattraper son retard sur l’Europe de l’Ouest en termes de richesse par habitant. Si elle reste encore en dessous de l’indice moyen pour l’ensemble des pays, elle dépasse depuis peu, après la Grèce et le Portugal, également l’Espagne au classement des pays par produit intérieur brut par habitant à parité du pouvoir d'achat. En résumé, « nous progressons grâce à notre croissance et nous enrichissons davantage que la majorité des pays de la zone euro et de l’Union européenne. »

Et pour qu’il en reste ainsi dans les années à venir, le chef du gouvernement, qui s’est également félicité de la consommation des ménages et a rappelé la prochaine augmentation des retraites et des salaires, a cité le vaste plan d’investissements prévu pour les trente prochaines années, qui compte quelque 20 000 projets d’une valeur totale de huit milliards de couronnes (315 millions d’euros).« Nous faisons ce que nous avons promis et nous continuerons de le faire », a-t-il annoncé.

« Imaginez que je sois Harry Potter ! J’aurais une baguette magique et transformerais tous les projets maintenant en réalité. Nous deviendrons alors immédiatement une deuxième Suisse. Ce plan est conçu pour 11 millions d’habitants. Pourquoi ? Parce que nous ne voulons pas que notre peuple disparaisse. Notre avenir dépend de nos enfants. »

En somme, aux yeux d’Andrej Babiš, ne serait-ce qu’en République tchèque, « un pays qui se présente avec assurance dans ses relations internationales », tout – ou presque s’il n’y avait pas la critique - irait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

La critique, justement, a reproché au Premier ministre son optimisme béat, l’opposition lui demandant même de « retirer enfin ses lunettes roses ». La présidente du parti d’opposition TOP 09, formation libérale conservatrice, Markéta Pekarová Adamová, seule femme leader d’un parti politique en République tchèque, a regretté par exemple qu’Andrej Babiš ait fait preuve d'un manque d’autoréflexion quant à l’action de son cabinet :

« Le gouvernement promet beaucoup de choses, c'est vrai. Sur le papier, les promesses ne sont pas ce qui manque. Mais de nombreuses choses très importantes sont laissées de côté. Les réformes des retraites ou de l’éducation par exemple ne sont pas menées. Et puis il y a autre chose dont on ne parle pas mais qui selon moi ne devrait pas être oublié, c’est l’aspect immatériel… »

D’ailleurs, même Vojtěch Filip, le président d’un parti communiste sans le soutien duquel la coalition gouvernementale minoritaire dirigée par Andrej Babiš n’existerait pas, a considéré comme « trop optimiste » ce discours du Nouvel An. Selon lui, le gouvernement a encore suffisamment de travail devant lui pour que son chef évite de se laisser aller à tant d’autosatisfaction.