En Tchéquie, une période d’amnistie pour régulariser ou rendre des armes

Depuis le 1er janvier, la police tchèque voit défiler un public inhabituel. Des personnes avec un revolver hérité d’un grand-père, des chasseurs venus régulariser une vieille carabine oubliée au grenier, des citoyens transportant une boîte de munitions rouillées ou un engin explosif datant de la Seconde Guerre mondiale. La nouvelle amnistie sur les armes, en vigueur jusqu’au 30 juin, permet aux Tchèques de remettre ou légaliser sans sanction des armes ou munitions détenues illégalement.

Cinq ans après avoir permis de collecter quelque 3 700 armes, cette nouvelle opération étalée sur six mois, permet à toute personne détenant illégalement une arme à feu, des munitions ou des explosifs de les remettre sans s’exposer à des poursuites. La mesure s’inscrit dans le cadre de la nouvelle législation sur les armes entrée en vigueur cette année. Concrètement, quiconque apporte spontanément une arme non déclarée à la police bénéficie d’une immunité pénale. Si l’expertise établit que l’objet n’a pas été utilisé dans le cadre d’une activité criminelle, son détenteur peut ensuite, sous conditions, entamer une procédure de régularisation ou décider de l’abandonner définitivement.

Les premiers chiffres de la police témoignent d’une mobilisation significative. En quelques semaines seulement, plusieurs centaines d’armes ont été remises aux autorités, ainsi que des dizaines de milliers de cartouches. Les chiffres évoqués par la Télévision tchèque parlent de centaines de pistolets, fusils et carabines récupérés dans tout le pays. Les services de police ont également enregistré la restitution d’objets plus sensibles : grenades anciennes, obus, composants de munitions, parfois retrouvés lors de travaux dans des maisons ou dans des granges familiales.

Amnistie sur les armes dans la région de Hradec Králové | Photo: Policie ČR

Dans la région de Hradec Králové par exemple, la police a déjà reçu de nombreux citoyens désireux de se débarrasser de ces objets encombrants, ou de les légaliser, comme le détaille la porte-parole de la police locale :

« Dans la région de Hradec Králové, nous avons récupéré dans le cadre de cette amnistie, 378 cartouches, 31 munitions, 62 armes, dont deux mitraillettes, 43 pistolets et un explosif. »

La police insiste tout particulièrement sur les règles de sécurité : en cas de découverte d’un engin explosif ou de munitions instables, il est recommandé de ne pas les manipuler ni les transporter soi-même, mais d’alerter immédiatement les forces de l’ordre. Les unités spécialisées en déminage interviennent alors pour procéder à un enlèvement sécurisé. Un principe de précaution qui n’est pas exagéré dans un pays où des vestiges de la Deuxième Guerre mondiale font régulièrement surface à la faveur de travaux de voirie ou de construction divers.

L’amnistie actuelle n’est pas une première dans le pays. La Tchéquie a déjà organisé plusieurs campagnes similaires depuis les années 1990. A chaque fois, l’objectif est double : réduire le nombre d’armes circulant en-dehors du cadre légal et offrir une porte de sortie aux particuliers de bonne foi. Dans un pays qui a connu deux totalitarismes au cours du XXe siècle, le phénomène des « armes dormantes » n’est pas une légende. Beaucoup proviennent d’héritages familiaux, parfois conservées sans déclaration par méconnaissance ou par crainte des démarches administratives. D’autres ont été acquises à une époque où la réglementation était différente.

Photo: Policie ČR

Une « spécificité tchèque »

En Tchéquie, la possession légale d’armes à feu est relativement répandue. On estime qu’il y a plus d’un million d’armes enregistrées pour près de 317 000 détenteurs de permis. La tradition du tir sportif et de la chasse est solidement ancrée, et le droit de posséder une arme a même été intégré dans la Constitution qui, depuis 2021, reconnaît le droit de défendre sa vie ou celle d’autrui avec une arme, dans le respect des lois. La Tchéquie est ainsi un des quatre pays au monde, aux côtés des Etats-Unis, du Honduras et du Yémen, a avoir inscrit ce droit dans la loi fondamentale.

Photo illustrative: caruizp,  Pixabay,  Pixabay License

Cette « spécificité tchèque » a fait l’objet de vifs débats dans le sillage de la fusillade de l’Université Charles du 21 décembre 2023 où un étudiant avait ouvert le feu dans les locaux, tuant 14 personnes et en blessant 25 autres. S’étonnant de la facilité avec laquelle le jeune homme avait pu se procurer des armes semi-automatiques, plusieurs personnes liées à l’université avaient lancé une initiative citoyenne appelant à renforcer drastiquement la législation sur le port d’armes.

Depuis le début de l’année, une nouvelle loi sur les armes et les munitions est entrée en vigueur, obligeant les marchands d’armes à signaler les transactions suspectes. Elle introduit également la possibilité de confisquer les armes à feu en cas de risques pour la sécurité ou de réduire de dix à cinq ans le délai pour le renouvellement des examens médicaux des propriétaires d’armes à feu. Elle prévoit également la possibilité pour la police d’ordonner des contrôles à tout moment. Mais pour les auteurs de l’initiative citoyenne née du traumatisme de la fusillade, les mesures introduites par cette nouvelle loi sont largement insuffisantes et ne seront pas en mesure d’empêcher la répétition de tragédies similaires à l’avenir.

Auteur: Anna Kubišta | Sources: iRozhlas , Česká televize
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