« La fin des punks à Helsinki », roman de rébellions

r_2100x1400_radio_praha.png

Il y a une vraie actualité Jaroslav Rudiš en France à l’heure actuelle. Toutes proportions gardées, évidemment, car la culture tchèque, est souvent peu bruyante dans l’Hexagone. Mais quand même. Récemment, le film Alois Nebel, tiré de la BD éponyme dont Jaroslav Rudiš est le scénariste, est sorti sur les écrans français, glanant d’excellentes critiques dans de nombreux journaux. Et puis, hasard du calendrier, une nouvelle maison d’édition vient de sortir son livre La fin des punks à Helsinki. Mercredi dernier, une rencontre avec l’auteur était organisée à Paris autour du livre et du film. Louis Dumoulin éditeur chez Books Editions a évoqué au micro de Radio Prague le roman de Jaroslav Rudiš.

« C’est un roman qui est le troisième opus de son auteur, Jaroslav Rudiš. C’est un jeune auteur tchèque, traduit en allemand et en polonais. Jaroslav Rudiš est un trentenaire au parcours atypique puisqu’il est l’ancien représentant de commerce des bières Pilsner, ancien DJ ou manager d’un groupe de punk. Et de punk il en est question justement dans son livre La fin des punks à Helsinki. Le titre ne ment pas. Le livre raconte l’histoire de deux destins parallèles. Le premier, c’est celui d’Ole, ancienne star d’un groupe de punk est-allemand, qui en 1990, met brutalement fin à sa carrière alors qu’il allait aller à Helsinki. Il se rend compte que son manager est en fait un agent de la Stasi. Le groupe se dissout, il ouvre un bar dans sa petite ville d’Allemagne de l’Est qu’il appelle Helsinki et dans lequel se retrouvent tous les marginaux qui ont du mal à se faire à la nouvelle époque. »

C’est un roman qui a deux histoires en parallèles, ce personnage, Ole, et puis Nancy, une jeune punkette…

« En effet, on suit Ole, et en parallèle on suite l’histoire de Nancy. Ole nous parle d’aujourd’hui en fait. Son histoire est racontée dans les années 2000, dans son bar un peu cradingue. En parallèle on suit Nancy, qui nous parle directement, puisqu’il s’agit d’extraits de son journal intime écrit dans les années 1980. Elle l’a écrit dans une petite ville de Tchécoslovaquie. Nancy tousse un peu trop à cause du nuage de Tchernobyl qui ne l’a pas épargnée. Elle écoute des cassettes de contrebande des Sex Pistols, ce qui inquiète beaucoup sa professeur communiste, qui a peur qu’elle attrape des maladies vénériennes avec ces ‘pistolets sexuels’ ! La rébellion de Nancy fait écho à celle d’Ole qui lui, est revenu de ses illusions, alors qu’elle est dans une phase active. Elle fait d’autant plus écho qu’Ole a une fille adolescente qu’il n’a pas vu depuis une quinzaine d’années et qui fait irruption à la fin du livre, dans le récit, puisqu’on lit, écrit par la plume de cette fille, un Manifeste des gens beaux, sorte de pamphlet violent contre la société de consommation. Sauf qu’on découvre qu’aujourd’hui, la rébellion est moins joyeuse. Ce livre, c’est un peu la rébellion à toutes les époques. »

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce livre et qui fait que vous avez décidé de le publier ? Il faut rappeler que Books Editions a une activité d’édition très récente…

« C’est en effet très récent car c’est avec un recueil de nouvelles islandaises qu’on publie notre premier livre. Le livre de Rudiš nous a vraiment séduits. On avait un peu le choix du roi quand on s’est penchés sur la veille qu’on avait exercée sur l’édition internationale pendant les trois années d’existence du magazine. On a regardé tous les livres dont on avait parlé d’auteurs étrangers inédits en France. On avait le choix entre 150 ouvrages, on en a choisi cinq dont La fin des punks à Helsinki pour le catalogue 2012. Ce qui nous a séduits, c’est que c’est un roman à plusieurs facettes. Les deux héros sont Allemands des Sudètes, de cette province à cheval sur la République tchèque, l’Allemagne et la Pologne. Nancy n’a pas droit de dire à l’école qu’elle parle allemand, car les Allemands, c’est les nazis. Dans la Tchécoslovaquie communiste, on n’a pas droit de dire qu’on parle allemand avec sa grand-mère. En même temps, il y a plein d’histoires enchâssées. Ole découvre un mur creux au fond de son bar, qu’il casse et derrière il y a une salle de cinéma avec un projecteur et des bandes de films pornographiques muets des années 1920. Il fait donc des projections avec les quelques privilégiés de son bar. A côté de cela, il a un ami avec lequel il développe toute une théorie sur l’histoire universelle et le football qui est réjouissante. C’est un peu un roman caléidoscope. Il y a plusieurs histoires enchâssée qui ouvrent diverses perspectives. La principale, celle qui fait l’essentiel du livre pour le public français, c’est que ce livre est riche d’enseignement sur une Europe de l’Est qu’on connaît mal. »

Ou alors par des écrivains déjà reconnus tels que Kundera et Hrabal, mais moins la nouvelle génération…

« Exactement. On y voit ainsi la transition entre la Tchécoslovaquie communiste et la République tchèque post-soviétique, les difficultés que cela implique. C’est un livre très intéressant de ce point de vue. »