L'adoption

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La République tchèque au quotidien, une chronique qui présente les aspects de la vie des habitants de la Tchéquie, leurs problèmes, mais aussi leurs joies. Je vous propose un thème qui, de temps à autre, fait couler beaucoup d'encre : l'adoption.

L'adoption, c'est un problème qui présente deux faces, en quelque sorte une double tragédie. D'un côté, il y a les centaines d'enfants, qui attendent que quelqu'un vienne les chercher pour les aimer. De l'autre, il y a des centaines de couples, qui attendent de pouvoir adopter un enfant, qu'ils pourraient aimer. Tout semble si simple, mais dans la pratique, ne l'est pas du tout. Où réside, donc, le problème ? Dans le système de l'adoption qui contraint l'enfant à passer des semaines et des mois dans une institution, avant que les autorités ou le tribunal ne décident de son adoption. Le problème réside-t-il dans la conduite de l'être humain ? La longue attente pour adopter un enfant présente-t-elle d'autres raisons ?

Il n'est pas rare que le délai d'attente pour une adoption dépasse, largement, une période sensée. Comment fonctionne le système d'adoption, en République tchèque ?

Les personnes, qui veulent adopter un enfant, doivent remettre une demande à l'autorité départementale. Cette demande doit être accompagnée de l'acte de mariage - ce qui exclut donc les personnes seules - d'informations sur la situation financière de la famille, l'état de santé des demandeurs, d'une copie de l'extrait du casier judiciaire, d'une recommandation de l'employeur. Une assistante sociale fera, ensuite, sa propre enquête, dans la famille. Une procédure qui dure, en général, un mois. La demande est, ensuite, envoyée plus haut, à l'autorité régionale. Les psychologues convoquent le demandeur. On compte trois séances, en moyenne. La demande est alors examinée par l'administration : le demandeur est-il en mesure d'adopter un enfant ? C'est seulement, après une réponse affirmative, que le délai d'attente commence - de un à trois ans, en général. Certaines fois, ce délai peut être plus court, d'autres, il peut être beaucoup plus long. Les couples qui veulent adopter un enfant, mais ne possède aucune expérience, même dans le cas où ils auraient leurs propres enfants, doivent, selon la loi, participer à la préparation à l'adoption. La procédure engage un grand nombre de spécialistes : psychologue, pédiatre, homme de droit, expert en la manière de se conduire. Le couple demandeur doit faire une visite d'un institut pour les nouveau-nés, ou d'un orphelinat. Cette préparation doit durer 25 heures, au minimum, souvent elle atteint les 40 heures. Un conseil spécial de l'autorité régionale choisit, ensuite, un enfant et des parents adoptifs qui seraient en harmonie. Le couple choisi dispose d'une période de trente jours pour faire connaissance avec leur éventuelle future progéniture. Il doit se soumettre à une pré-adoption, qui dure trois mois, en général. C'est une sorte de test. Si tout va bien, on peut passer à l'adoption définitive, après jugement du tribunal.

Quelles sont les raisons qui peuvent conduire à un prolongement du processus d'adoption ?

La procédure de préparation du couple, donc à son nouveau rôle de parent, peut durer plus longtemps. Lenka Prusova, du ministère du Travail et des Affaires sociales, nous explique : « Un enfant qu'on veut adopter n'est pas forcément, le bébé rêvé. A trois ans, des problèmes d'éducation peuvent commencer. En effet, la majorité de ces enfants ont été abandonnés, donc ils ont subit une atteinte à leur personnalité. Certains ont même subit de mauvais traitements. C'est dans leur sensibilité même, qu'ils ont été le plus touchés ». Chez le psychologue, il faut donc analyser avec le couple, la motivation de celui-ci : pourquoi une adoption ? Cette volonté est-elle vraiment la plus forte ? Lenka Prusova continue en déclarant : « Certains couples ne pensent qu'aux idéaux, ils veulent venir en aide à un enfant abandonné. Ils ne pensent pas aux problèmes qui peuvent apparaître, au fait qu'élever un enfant, adopté ou non, est une tâche de très longue haleine. D'autres couples ont d'autres raisons pour l'adoption. Par exemple, le fait qu'il soit bien vu, dans la société, d'avoir un ou des enfants. Naturellement, ce sont des cas extrêmes.

Un autre problème, dans le processus d'adoption d'un enfant, est représenté par le manque de sensibilité des autorités. Jaroslava Lukesova, directrice de l'Institut pour les nouveau-nés abandonnés de Prague, affirme : « Tout le monde ne peut pas travailler dans ce domaine des plus sensibles. Souvent, les employés peuvent manquer de capacités humaines et professionnelles ». Toute adoption est rendue possible par un jugement du tribunal. Le processus d'adoption peut être long, en raison du nombre énorme d'autres dossiers à traiter. Des projets demandant la priorité pour les adoptions ont été présentés. Mais le règlement des litiges concernant les pensions alimentaires n'est-il pas aussi important ?

Dans la procédure d'adoption, il y a des différences régionales. En Moravie, elle dure jusqu'à quatre ans, alors qu'en Bohême de l'ouest, seulement 6 mois. Pourquoi ? Plus de demandes en Moravie qu'en Bohême. Veduna Bubleova, directrice du Centre de la famille adoptive, à Prague, est claire : « Le système est injuste, car il est basé sur la division régionale ». Tous les milieux intéressés revendiquent, pour cela, et depuis longtemps, la création d'un fichier central, où toutes les demandes seraient enregistrées. Veduna Bubleova, spécialiste en la matière, met en garde, pourtant, contre une procédure d'adoption trop rapide : « L'adoption d'un enfant dure, peut-être, trop longtemps, dans certains cas, mais il ne serait pas bon, non plus, d'aller trop vite : la famille d'adoption doit être entièrement mûre pour l'adoption d'un enfant. Cet enfant, en effet, a déjà été abandonné. Il est impensable que cela lui arrive une seconde fois ».

On ne peut qu'être d'accord avec un tel appel, en quelque sorte. Les tragédies des petits abandonnés ne devraient jamais se répéter !