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7) Cinéma d’animation : la création tchèque contemporaine

'Même les souris vont au paradis', photo: Les Films du Cygne/Fresh Films
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Comment la révolution numérique a-t-elle influencé le cinéma d’animation tchèque ? Nous allons essayer de trouver la réponse dans le dernier épisode de notre série sur l’histoire du film d’animation.

« Trnka aimait trouver de nouvelles façons de faire, de nouvelles possibilités. Je pense(…) que s’il vivait aujourd’hui, il serait très enthousiaste face à toutes les possibilités qu’offre le numérique », a dit le cinéaste Matyáš Trnka à propos de son grand-père, Jiří Trnka. C’était dans le premier épisode de notre série, consacré à l’âge d’or du cinéma d’animation tchèque.

Photo illustrative: Sam Moqadam/Unsplash,  CC0

Comment les successeurs de Jiří Trnka exploitent-ils les techniques de l'animation par ordinateur ? Quels sont les avantages et les inconvénients des outils numériques ? Nous en avons parlé avec la réalisatrice et animatrice Michaela Pavlátová qui dirige le département de production animée à l’école de cinéma de Prague, la FAMU.

Michaela Pavlátová,  MFF KV 2008,  photo: Petr Novák,  Wikipedia / CC BY-SA 3.0

« Grâce aux nouvelles technologies, l’animation a rapidement changé à partir de la moitié des années 1990. L’animation par ordinateur a commencé beaucoup plus tôt, aux Etats-Unis, et elle a séduit les créateurs du cinéma d’animation partout dans le monde, y compris en République tchèque. Dès qu’il était possible d’avoir son propre ordinateur, les cinéastes pouvaient travailler de manière individuelle. Du coup, ils sont devenus indépendants des studios d’animation. Avant l’arrivée du numérique, il a fallu d’abord étudier à la FAMU puis avoir sa propre caméra pour pouvoir réaliser des films d’animation. Cela a changé, le numérique a apporté une énorme liberté aux animateurs, avec tous ses côtés positifs, mais également négatifs. »

Comment alors, plus précisément, ces nouveaux moyens techniques ont révolutionné le travail des réalisateurs des films d’animation ? Michaela Pavlátová, dont le court métrage d’animation « Des mots, rien que des mots » a été nommé aux Oscars en 1993, partage son expérience :

« Je vois clairement plus d’avantages que d’inconvénients. Ce que je trouve magnifique, c’est la possibilité de revenir en arrière sur l’ordinateur. On peut alors créer librement, faire autant d’essais et de versions différentes de l’image que l’on veut, changer, transformer… Mais de l’autre côté, on risque de se perdre dedans… Avant l’arrivée du numérique, j’avais en tête tout le film que je voulais faire, il était ‘prêt’ avant le tournage. On était obligés de faire ainsi, de bien se préparer, car on ne voulait pas animer des séquences qui, finalement, n’allaient pas être utilisées. Comme nous ne pouvions pas faire de tests, nous devions tout préparer au mieux. Dans la plupart des cas, ça a marché, les films étaient réussis. Ce travail avait également son charme. »

'Des mots,  rien que des mots',  photo: ČT

« Je suis une grande fan des ordinateurs dans le sens où l’animation est un processus de travail extrêmement long. J’estime que chaque seconde que j’économise est bonne et c’est ce que l’ordinateur permet justement. Je me consacre essentiellement au dessin animé. Auparavant, il était nécessaire de numériser les dessins sur un ordinateur ou sur une caméra. Et puis ils ne pouvaient plus être déplacés ou redimensionnés, c’était difficile de travailler avec. Mais lorsque vous dessinez directement à l’ordinateur, cela vous permet de remanier le dessin, de poursuivre le processus de création, en utilisant différentes boucles. Cela permet de gagner beaucoup de temps. »

Michaela Pavlátová et Michaela Tyllerová,  photo: Anna Šolcová/Negativ

« Mais cela ne veut pas dire que l’ordinateur fait tout. Il est très utile, mais il n’invente pas. Personnellement, je dessine sur une tablette avec un crayon électronique, qui est en fait un peu comme un dessin sur papier. C’est juste beaucoup plus rapide, plus pratique, ça va être coloré plus tôt et ainsi de suite. Par exemple en 3D, il faut un temps incroyablement long pour créer le modèle qui peut ensuite être animé et avec lequel on peut travailler. Ce n’est pas comme si vous appuyiez sur un bouton et tout est fait. »

Révolution par Pixar

C’est sans doute la sortie du premier épisode de la saga Toy Story, tourné par le studio américain Pixar en 1995, qui a marqué un tournant dans l’histoire du cinéma d’animation et dans celle du septième art en général. Il s’agit là du premier long métrage réalisé entièrement en images de synthèse, c'est-à-dire intégralement produites par ordinateur.

'Le jeu de Geri',  photo: © Pixar Animation Studios
Jan Pinkava,  photo: Kay Pinkava 2007/Wikimedia Commons,  CC BY-SA 3.0

Un nom tchèque est également associé au succès de Pixar : en 1997, le réalisateur et scénariste tchéco-britannique Jan Pinkava a remporté un Oscar pour son film Geri’s Play (Le jeu de Geri). Le court métrage, qui raconte l’histoire d’un vieil homme qui rivalise avec lui-même dans une partie d’échecs, a été le premier film de Pixar à présenter un être humain comme personnage principal. Dans les années qui ont suivi, Pinkava a également participé à d’autres œuvres inoubliables du studio d’Hollywood, tels que A Bug's Life (La vie d’un insecte), Toy Story 2 ou Monsters Inc. Jan Pinkava a également co-réalisé le film Ratatouille.

Comment les créateurs tchèques de films d’animation ont-ils répondu à la concurrence hollywoodienne ? Michaela Pavlátová :

Source: Walt Disney Pictures

« Dans les années 1990 et au tournant de l’an 2000, à l’époque des grands succès produits par Pixar, tous ceux qui se débrouillaient en animation et qui avaient accès à des programmes voulaient aussi faire de la 3D. Puis cet intérêt a progressivement disparu, car il était vraiment très difficile de concurrencer Pixar. »

« Un autre changement venu avec le numérique tient au fait que les animateurs ont commencé à produire des films très courts qu’ils pouvaient eux-mêmes placer sur Internet. Du coup, ils étaient indépendants des festivals, même si ceux-ci sont restés un lieu unique de rencontre et d’inspiration. Mais tout le monde n’y a pas accès : et là je pense aux cinéastes aussi bien qu’aux spectateurs. Pour eux, de nouvelles possibilités se sont ouvertes vers l’an 2000, avec le développement de l’Internet. »

De nouveaux talents

'My Sunny Maad',  photo: Negativ

Quel est alors le style de jeunes animateurs tchèques, dont les films sont régulièrement présentés dans les prestigieux festivals internationaux ? On écoute la réalisatrice Michaela Pavlátová :

« Je pense qu’ils utilisent un mélange de techniques différentes. En même temps, ils en inventent de nouvelles. Je les connais grâce à mes étudiants à l’école de cinéma, car les étudiants sont toujours très habiles, dynamiques et créatifs. Par exemple, ils utilisent une texture aquarelle sur les personnages en mouvement. Ces derniers temps, ils font beaucoup de films en 3D, mais de sorte que le caractère 3D ne soit pas trop visible. Ou alors ils font des films délibérément imparfaits. Enfin, ils utilisent la technique 3D, mais de manière qu’elle  ressemble à la 2D. »

'Même les souris vont au paradis',  photo: Fresh Films

Parmi les films en préparation, on trouve My Sunny Maad de Michaela Pavlátová, une histoire d’amour entre une Tchèque et un Afghan, ou encore le film Même les souris vont au paradis de Denisa Grimmová et Jan Bubeníček, qui utilise la technique d’animation de ‘stop motion’, utilisée avec des objets réels, dotés de volume.

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