Les Tchèques de l’étranger pourront-ils enfin voter à distance ?

Photo illustrative: Filip Jandourek, ČRo

Si les Tchèques sont environ 500 000 à résider à l’étranger, seuls 2 ou 3% d’entre eux, soit environ 10 000 personnes, participent régulièrement aux élections organisées dans leur pays d’origine, faute de pouvoir voter par correspondance ou par procuration. Discuté depuis plus de dix ans, l’amendement à la loi électorale qui permettrait aux Tchèques de l’étranger de remplir leur devoir de citoyen plus facilement, sera soumis très prochainement au vote à la Chambre des députés.

Photo illustrative: Filip Jandourek,  ČRo
Marta McCabe, directrice d’une école tchèque et slovaque à Durham, aux Etats-Unis, a initié une pétition en faveur de l’introduction du vote par correspondance. Elle explique pourquoi :

« Les citoyens tchèques qui vivent dans le monde entier ont le droit de participer aux élections dans leur pays. Or les lois en vigueur stipulent qu’ils doivent se rendre aux ambassades tchèques ou au consulat pour pouvoir voter. Moi-même, je dois me déplacer de la Caroline du Nord à l’ambassade tchèque à Washington pour pouvoir voter. Cela représente plus de dix heures de trajet en voiture pour faire l’aller-retour. Je peux aussi prendre l’avion, mais dans tous les cas, je dois prendre un congé d’une journée. Les autres Tchèques qui résident aux Etats-Unis peuvent voter, à part Washington, dans les consulats à Chicago, à Los Angeles et à New York. Ces déplacements sont un obstacle considérable pour la majorité des Tchèques à l’étranger. Voilà pourquoi nous avons décidé de soutenir, par une pétition, l’amendement qui nous permettrait de voter par correspondance. »

Cette pétition, lancée début septembre par les Tchèques des Etats-Unis et soutenue à ce jour par presque 600 personnes, n’est pas la seule du genre à circuler sur Internet. A l’automne 2017 déjà, une initiative similaire a vu le jour chez les ressortissants tchèques installés dans le nord de l’Espagne. Pour se rendre aux urnes, ils doivent parcourir les quelque 500 kilomètres qui les séparent de l’ambassade tchèque à Madrid. Leur démarche a immédiatement trouvé un écho auprès des communautés tchèques d’Australie ou du Vietnam. Enfin, il y a trois mois, une cinquantaine de chercheurs tchèques, membres de l’Académie des Sciences, ont lancé un appel aux parlementaires en faveur de l’introduction du vote par correspondance, autorisé dans 24 pays de l’Union européenne. « Il n’existe pas de raisons rationnelles pour que ce mode de vote ne puisse pas être appliqué en République tchèque également », affirment les scientifiques dans leur lettre.

Marta McCabe,  photo: Archives de l'école tchèque et slovaque à Durham
Au-delà de l’aspect pratique, le vote à distance est aussi une manière pour les Tchèques vivant au quatre coins du monde de resserrer le lien avec leur pays d’origine, comme le raconte la Tchéco-américaine Marta McCabe :

« Nous, les résidents de longue date, nous nous sentons toujours attachés à notre pays d’origine. Nous retournons régulièrement en République tchèque, surtout pour les vacances d’été. La plupart des Tchèques que je connais passent tous les ans six à huit semaines dans leur pays d’origine, ils s’intéressent à sa situation, à sa vie politique et veulent influencer son avenir. Voilà pourquoi nous voulons participer aux élections. »

Préparée et discutée depuis plus de dix ans, la loi allant dans ce sens n’a pourtant jamais été adoptée par le Parlement tchèque. Le texte actuel, relatif à l’introduction du vote par correspondance et non pas du vote électronique, tel qu’il est appliqué par exemple en Estonie, est proposé par le parti libéral TOP 09. Il a de fortes chances d’être soutenu par les autres partis représentés à la Chambre des députés, à l’exception, semble-t-il, du Parti social-démocrate et du Parti communiste. Une prise de position que les politologues expliquent par le faible soutien accordé aux partis de gauche par l’électorat tchèque à l’étranger.

En cas d’adoption de l’amendement à la loi électorale, les Tchèques qui vivent à l’étranger, y compris ceux qui y résident temporairement ou qui y sont de passage au moment du scrutin, pourraient voter par voie postale dès les prochaines élections au Parlement européen, prévues pour mai 2019.