L’UE ? Pff !...

Photo: Barbora Němcová
0:00
/
0:00

Trop abstraite, trop éloignée des préoccupations de ses citoyens, l’Union européenne n’intéresse pas les Tchèques. Telle est la conclusion, très simplifiée, de l’analyse d’un sondage dont les résultats ont été présentés mardi. Moins de 10% des Tchèques s’intéressaient activement à l’actualité relative au fonctionnement de l’Union.

« Je ne suis pas pessimiste. Je pense que la participation sera un peu meilleure qu’en 2014, mais pas de beaucoup non plus. Je miserais sur un peu plus de 20%. Mais quelles que soient les élections en République tchèque, la participation est toujours relativement faible. Reconnaissons donc que ce chiffre de 20% n’est pas formidable, mais, comparé encore une fois aux autres élections, il n’est pas catastrophique non plus. »

Invité de Radio Prague, le 1er mai dernier, à l’occasion du 15e anniversaire de l’adhésion de la République tchèque à l’UE, l’ancien Premier ministre Vladimír Špidla s’était déclaré fataliste, reconnaissant à demi-mots le désintérêt des électeurs tchèques pour les questions européennes. Pour rappel, lors des dernières élections au Parlement européen, le taux de participation avait été de 18%, soit le deuxième le plus faible parmi les Vingt-huit, derrière la Slovaquie (13%). Mais au-delà d’un scrutin qui ne mobilise pas forcément beaucoup plus les électeurs ailleurs en Europe, puisque le taux d’abstention moyen avait été de près de 57% en 2014, c’est l’ensemble de l’actualité européenne qui ne passionne guère les Tchèques. C’est du moins un des principaux enseignements qui ressort du sondage mené par l’agence Ipsos MORI sur les priorités des électeurs.

Grosso modo, 15% des Tchèques seraient foncièrement pro-européens, soit autant d’électeurs disciplinés qui se rendront aux urnes les vendredi 24 et samedi 25 mai prochains, traditionnellement les deux jours d’ouverture des bureaux de vote en République tchèque, pour élire leurs vingt-et-un représentants au Parlement européen. Inversement, 18% ont une opinion franchement négative des institutions et du projet européens. Mais à la différence des pro-européens, plus nombreux, ils ne devraient représenter que quelque 10% des électeurs. Toutefois, comme le précise le sociologue Daniel Prokop, de la Faculté des sciences sociales de l’Université Charles, la classification n’est pas si simple :

Daniel Prokop,  photo: Hana Biriczová,  Radio Wave
« On a pris l’habitude de ranger les gens dans deux groupes distincts avec d’un côté ceux que l’on appelle les 'euroenthousiastes' et de l’autre les eurosceptiques. Mais quand vous prenez en compte toutes les questions relatives à une éventuelle sortie de l’UE, aux avantages et désavantages d’être membre de l’UE ou au fonctionnement de l’UE, vous vous apercevez qu’il existe au moins sept groupes différents. »

Autrement dit, une grande majorité de Tchèques ont des avis plus partagés et nuancés. Les analystes sont d’ailleurs nombreux à souligner qu’à l’image de leur Premier ministre Andrej Babiš, beaucoup de Tchèques sont avant tout de grands pragmatiques, parfois qualifiés aussi de « profiteurs », des matérialistes bien conscients des (nombreux) avantages qui découlent de l’appartenance de leur pays à l’Union, à son marché unique et à l’espace Schengen. Le tout à un prix lui aussi très avantageux, puisque la République tchèque compte, depuis son intégration en 2004, parmi les principaux bénéficiaires de la politique régionale européenne.

Rien de de tout cela néanmoins ne les pousse à vouloir soulever le couvercle pour voir d'un peu plus près ce qui mijote dans la marmite bruxelloise, ce qui entraîne parfois des critiques injustifiées, selon le recteur de l’Université Palacký à Olomouc (Moravie), Jaroslav Miller :

Photo: Barbora Němcová
« J’avoue que cela me fait rire quand j’entends parler du ‘diktat’ de Bruxelles, car la plupart des règlements de la Commission européenne sont convenus préalablement par le Conseil européen, qui est constitué par les chefs d’Etat ou de gouvernement des pays membres. C’est donc un fonctionnement basé sur le consensus et le compromis entre les Etats nationaux. Le problème est que, souvent, les gens ne savent pas bien quelles sont les compétences du Parlement européen, ce qu’est le Conseil européen ou la Commission. C’est la conséquence de l’incapacité de l’Etat mais aussi de l’Union même à mieux communiquer. »

Ainsi donc, toujours selon le sondage en question, parmi les principaux thèmes qui intéressent les Tchèques avant ces élections européennes figurent l’environnement, la sécurité, le terrorisme, la migration, l’éventuelle création d’une armée européenne ou encore la double qualité des aliments. Mais sans non plus que cela les passionne ou les préoccupe davantage que ça.