Le prix Václav Havel 2025 décerné au journaliste et militant ukrainien Maksym Boutkevytch

Le lauréat 2025 du prix Václav Havel est le journaliste et militant ukrainien Maksym Boutkevytch

Le lauréat 2025 du prix Václav Havel est le journaliste et militant ukrainien Maksym Boutkevytch, a annoncé lundi le président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Libéré en octobre 2024 d’une captivité de deux ans en territoire ukrainien occupé par la Russie, Maksym Boutkevytch a pu recevoir son prix en personne à Strasbourg.

« Ne pas avoir peur de rêver de ce qui semble impossible si l’on veut que ce qui semble impossible devienne réalité. Sans rêves, nous ne construirons jamais une Europe meilleure. »

Photo: Conseil de l’Europe

Ces mots, le premier président de la Tchécoslovaquie post-1989, Václav Havel les a prononcés le 10 mai 1990 devant l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe à Strasbourg. Qui aurait pu croire, un an plus tôt que le dramaturge et dissident, alors emprisonné une nouvelle fois depuis le début de l’année, pourrait s’exprimer librement devant les parlementaires de dizaines de pays, engagés à promouvoir les droits de l’Homme et la démocratie, agissant, ainsi que cette Assemblée se définit, comme « la conscience démocratique de l’Europe » ?

Le prix Václav Havel | Photo: Jacques Denier,  Conseil de l'Europe

Incarnant à lui seul l’espoir du changement politique pacifique face à l’autoritarisme, Václav Havel a donc logiquement été choisi pour donner son nom au prix des droits de l’Homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe créé deux ans après sa mort, en 2013, en collaboration avec la Bibliothèque Václav Havel et la Fondation de la Charte 77.

Pour sa treizième édition, trois journalistes étaient les finalistes de la sélection, dont deux actuellement emprisonnés et un, libéré il y a un an. La profession commune des trois candidats n’a pas échappé au président de l’APCE, Theodoros Roussopoulos, lui-même ancien journaliste grec :

Theodoros Roussopoulos | Photo: Abdesslam Mirdass,  Conseil de l'Europe

« Vous aurez remarqué que les trois candidats finalistes pour le prix cette année sont tous des journalistes. Ce n’est pas une coïncidence. Václav Havel lui-même croyait profondément dans le pouvoir des mots et dans l’importance du journalisme. Il disait que les mots pouvaient changer l’histoire et que l’expression de la vérité peut perturber les régimes oppressifs. Les dernières années voire les derniers mots ont été particulièrement dangereux pour les journalistes – avec un nombre record d’attaques et de tentatives d’intimidation contre eux. Ainsi que l’Assemblée l’a déclaré, j’aimerais redire que sans liberté d’expression et sans médias indépendants et pluralistes, il n’y a pas de démocratie. »

Selon les organisations de défense des journalistes, 171 journalistes sont actuellement détenus en Europe, dont 98 dans les Etats membres du Conseil de l’Europe. Selon l’ONG Reporters sans frontières, au moins 26 journalistes ukrainiens restent actuellement détenus illégalement par la Russie, exclue du Conseil de l’Europe après le 24 février 2022.

Le lauréat 2025 du prix Václav Havel est le journaliste et militant ukrainien Maksym Boutkevytch | Photo: Conseil de l'Europe

Maksym Boutkevytch a fait partie d’entre eux pendant deux ans, mais en tant que soldat : ce journaliste fondateur de la radio indépendante Hromadske Radio mais également militant et cofondateur du centre de défense des libertés Zmina, s’est engagé comme volontaire dans l’armée ukrainienne après l’invasion russe. Capturé, puis condamné à treize ans de prison un an plus tard, il a été libéré en octobre 2024, dans le cadre d’un échange de prisonniers.

Pour paraphraser Václav Havel, « ce qui semblait impossible » est donc devenu « réalité » lundi 29 septembre : Maksym Boutkevytch a pu recevoir son prix en personne, alors que les deux autres finalistes, la journaliste géorgienne Mzia Amaglobeli et le journaliste azerbaïdjanais Ulvi Hasanli, sont, eux, actuellement en détention. Dans son discours, vêtu d’une veste floquée d’un drapeau ukrainien et d’un logo dédié aux prisonniers de guerre, Maksym Boutkevytch a rappelé :

« Il y a un an, jour pour jour, j’étais captif, enfermé dans une colonie pénitentiaire située en territoire ukrainien occupé par la Russie. A l’époque, être debout devant vous dans ce palais de l’Europe pour recevoir cette distinction, s’apparentait à un rêve. Il est devenu réalité. Je vous appelle, tous ici présents : s’il vous plaît, n’oubliez pas les prisonniers de guerre ukrainiens, n’oubliez pas les civils ukrainiens détenus illégalement par la Russie, n’oubliez pas les enfants illégalement kidnappés par la Russie, n’oubliez pas tous ceux qui se battent pour la liberté et la dignité et qui en sont privés – en Europe et ailleurs. Souvenez-vous d’eux, battez-vous pour leur libération et aidez-nous à défendre la chose la plus fondamentale, sans laquelle il est impossible d’imaginer l’Europe, notre avenir et notre humanité. »

Le lauréat 2025 du prix Václav Havel est le journaliste et militant ukrainien Maksym Boutkevytch | Photo: Conseil de l'Europe

En recevant ce prix qui consiste en une somme de 60 000 euros, un trophée et un diplôme, Maksym Boutkevytch est devenu le premier Ukrainien à être distingué par une récompense chargée de l’héritage de Václav Havel. Il s’inscrit ainsi dans une illustre lignée de récipiendaires parmi lesquels le dissident biélorusse Ales Bialiatski, tout premier lauréat du prix en 2013 qui vient de fêter ses 63 ans derrière les barreaux, mais aussi sa compatriote et militante des droits de l’Homme Maria Kalesnikava (2011), le chef du bureau de Grozny du Centre Mémorial des droits de l’homme en Tchétchénie, Oyub Titiev (2018), la militante saoudienne des droits des femmes Loujain Al-Hathloul (2020) ou encore l’historien et leader de l’opposition russe Vladimir Kara-Murza (2022), enfin libéré en 2024 après deux ans de prison.

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