La mort d’un enfant atteint de diphtérie met en lumière une hausse de la défiance vaccinale en Tchéquie
Une enquête a été ouverte après la mort récente d’un enfant atteint de diphtérie dans la région d’Ostrava, et non-vacciné contre la maladie. En Tchéquie, où cette maladie avait disparu depuis trois décennies grâce à la vaccination obligatoire, ce décès agit comme un signal d’alarme et remet sur le devant de la scène la question de la montée de la défiance envers les vaccins, observée depuis la pandémie de Covid-19.
Diagnostiqué il y a environ un mois, et d’abord pris en charge par l’hôpital universitaire d’Ostrava, le petit garçon a dû être transféré à l’hôpital de Motol à Prague au vu de son état s’aggravant. Il est mort lundi 18 mai. Trois autres de ses frères et sœurs étaient également atteints, entraînant le traitement de toute la famille sous antibiotiques.
La diphtérie est une infection bactérienne très contagieuse qui touche principalement les voies respiratoires. Pédiatre et vice-présidente de la Société tchèque de vaccinologie, Hana Cabrnochová, rappelle que la diphtérie peut être particulièrement dangereuse pour les jeunes enfants.
« Le taux de mortalité de la diphtérie est vraiment très élevé comparé à ce que nous connaissons pour d’autres maladies courantes. Chez les plus jeunes enfants, environ jusqu’à l’âge de cinq ans, la mortalité peut atteindre près de 20 %. C’est un chiffre très élevé. »
Avant l’introduction de la vaccination de masse en Tchécoslovaquie, la maladie faisait des milliers de victimes. Le vaccin contre la diphtérie est devenu obligatoire dès 1946 et a permis, en quelques décennies, de quasiment éradiquer la maladie. Pendant longtemps, la Tchécoslovaquie puis la Tchéquie post-communiste ont affiché des taux de couverture vaccinale parmi les plus élevés d’Europe centrale.
Sous le régime communiste, la médecine préventive occupait une place essentielle dans les politiques publiques. Les campagnes de vaccination étaient largement acceptées et perçues comme un progrès collectif, un apport majeur pour la société. La défiance envers les vaccins est restée marginale jusque dans les années 2010. L’actuelle réticence vis-à-vis des vaccins constitue donc une rupture historique dans un pays longtemps considéré comme exemplaire sur le plan de la prévention sanitaire.
Le tournant de la pandémie de Covid-19
Pour les médecins, il y a clairement un avant et un après avec la pandémie de Covid-19 : la crise sanitaire a profondément modifié le rapport d’une partie de la population à la médecine et aux autorités publiques. Les réseaux sociaux ont également favorisé la diffusion massive de théories complotistes et de discours antivax. Initialement centrée sur les vaccins contre le Covid-19, cette contestation s’est progressivement étendue à la vaccination classique contre les maladies infantiles.
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Si la couverture vaccinale chez les jeunes enfants reste relativement élevée, les médecins sont de plus en plus préoccupés par les retards de vaccination et par le fait que certains enfants ne reçoivent pas toutes les doses recommandées :
« Ce que nous observons, et ce qui nous inquiète, c’est le report de la vaccination. Selon les données dont nous disposons, jusqu’à 10 % des enfants ne commencent la vaccination qu’au cours de la seconde moitié de leur première année de vie, alors que la réglementation prévoit qu’elle débute à partir de la neuvième semaine de vie. Une autre source d’inquiétude est que, bien que la couverture vaccinale globale soit de 95 à 96 %, seuls environ 90 à 91 % des enfants suivent l’ensemble du calendrier vaccinal. La différence n’est pas énorme, mais elle constitue tout de même un signal indiquant que les enfants ont absolument besoin d’une protection suffisante. »
Et les conséquences sont déjà visibles : depuis quelques années, plusieurs maladies totalement évitables grâce à la vaccination connaissent une recrudescence en Tchéquie : coqueluche, rougeole, oreillons et désormais diphtérie. La coqueluche a même atteint son niveau le plus élevé depuis les années 1950. En 2019, la Tchéquie a perdu son statut de pays ayant éradiqué la rougeole après que le nombre de cas annuels avait atteint près de 600.
Si la vaccination est donc devenue un sujet politiquement sensible depuis le Covid-19, le ministère de la Santé dirigé par Adam Vojtěch (ANO) continue de défendre le système vaccinal obligatoire. Mais certains partenaires de coalition, notamment le parti d’extrême-droite SPD, critiquent les campagnes publiques de promotion vaccinale et défendent une approche plus fondée sur le « choix individuel ».
Paradoxe de la situation actuelle : d’un côté l’intérêt pour les rappels vaccinaux diminue nettement dans la population, et de l’autre, des études montrent qu’une majorité de Tchèques reste favorable à ce que l’Etat soutienne activement la vaccination. Entre le maintien d’une tradition sanitaire forte, confirmée en 2021 par la Cour européenne des droits de l’homme qui jugeait le système tchèque de vaccination obligatoire comme étant « nécessaire dans une société démocratique », et montée d’un discours plus vaccino-sceptique, la société tchèque vit bel et bien actuellement de fortes tensions idéologiques internes, cristallisées entre autres problématiques autour de la politique vaccinale.







