Presse : l’élection présidentielle au suffrage direct en question

La candidate présidentielle Danuše Nerudová avec des signatures

Cette nouvelle revue de la presse porte d’abord deux regards différents sur la prochaine élection présidentielle en Tchéquie. Un autre sujet traité : le gouvernement tchèque face aux mesures d’austérité proposées par les experts en économie. Le magazine s’intéressera également aux Midterms et aux points vulnérables des relations entre la Tchéquie et l’Allemagne.

« La chasse aux signatures, dans la rue et au Parlement, est finie », constate un texte publié ce mardi sur le site Seznam Zprávy, jour de la date limite de dépôt des candidatures pour l’élection présidentielle dont le premier tour est prévu les 13 et 14 janvier prochain:

« Lorsqu’en 2018, les parlementaire ont décidé d’introduire une élection présidentielle au suffrage universel direct, ils espéraient qu’elle soit tranquille et facile. Ils imaginaient qu’à côté des candidats nommés par les partis politiques, on verrait entrer en lice des candidats civiques forts, ces derniers devant récolter au moins 50 000 signatures permettant de valider leur candidature. Il s’avère pourtant que cette chasse aux signatures dans la rue est une tâche difficile, souvent dépourvue de dignité. Mais la demande de soutien d’une candidature auprès des députés et des sénateurs n’offre pas une meilleure image. »

L’éditorialiste  de l’hebdomadaire Reflex renchérit :

« L’introduction de l’élection présidentielle au suffrage universel direct censée mieux gérer et rendre plus transparent cet acte n’a pas fait ses preuves. Les candidats doivent-ils être proposés ou soutenus par les citoyens ? Cette initiative incombe-t-elle plutôt au Parlement ? Ou encore les deux alternatives sont-elles équivalentes ? La réponse est loin d’être univoque. »

Le passé communiste de certains candidats

L’éditorialiste du journal Deník N porte un autre regard sur la prochaine investiture présidentielle en Tchéquie :

Photo illustrative: PublicDomainPictures,  Pixabay,  Pixabay License

« La prochaine élection présidentielle est marquée par un débat chargé émotionnellement, portant sur l’aptitude de certains candidats à diriger le pays en raison de leur appartenance au parti communiste avant1989. Cela concerne en premier lieu le général Petr Pavel et l’ex-Premier ministre Andrej Babiš, le premier s’étant préparé à une carrière d’agent secret pour l’armée, l’autre ayant été enregistré en tant qu’agent des services de renseignements (StB). »

Ce débat, comme le prétend le publiciste de Deník N, montre que même 33 ans après la chute du régime communiste, ce sont des interprétations  simplistes « mythifiées » de son fonctionnement qui prédominent. D’où des appréciations singulières des gens qui se sont de telle ou telle manière « compromis » avec lui et l’absence d’une réflexion sur la conformité de la majorité de la société. Une question, selon lui, s’impose :

« Ne devrait-t-on pas juger ceux qui aspirent à des fonctions publiques davantage à l’aune de leur conduite et de leurs performances durant les trois  dernières décennies que par leur passé ? Il y a des gens qui, à l’époque, étaient jeunes et qui ont ‘fait carrière’ en pensant que le régime communiste allait perdurer à jamais. »

Quelles mesures d’austérité ?

« La fête post-électorale est finie », avertit le titre d’un texte mise en ligne sur le site aktualne.cz qui fait part des recommandations soumises par le Conseil économique national du gouvernement (NERV) et qui ont pour but d’assainir les finances publiques du pays. Elles sont une vingtaine dont le gouvernement de Petr Fiala est appelé à choisir d’ici le printemps celles qui seraient « politiquement acceptables » :

Photo: Bureau du Gouvernement tchèque

« Le problème, c’est la façon dont les différents ministres s’apprêtent à saisir ces propositions. Ils semblent en choisir infailliblement des éléments qui n’ont que peu d’importance, omettant l’essentiel, soit des mesures capables de réduire l’immense déficit structurel. Ainsi, par exemple, le ministre du Travail et des Affaires sociales Marian Jurečka favorise la réduction des allocations chômage dont l’apport serait tout à fait marginal et qui, en plus, est discutable en temps de crise. Au lieu de cela, il devrait opter pour un ralentissement de la croissance des pensions de retraite, car la vitesse de leur valorisation s’avère intenable. »

Le gouvernement tchèque, comme le constate le commentateur du site aktualne.cz, a désormais devant lui des restrictions impopulaires et l’augmentation des impôts. « Parmi les possibilités offertes par le NERV, il ne peut choisir uniquement celles qui sont convenables », souligne-t-il.

Les élections américaines vues par les médias tchèques

Pas de vague rouge au Congrès lors des Midterms. Comme ailleurs, c’est ainsi que la majorité des périodiques tchèques ont résumé les élections américaines. Le quotidien Lidové noviny de ce jeudi, par exemple, a écrit :

Joe Biden | Photo: Ken Cedeno,  ČTK/DPA

« Autrefois, les élections au Congrès américain n’intéressaient que les spécialistes. Cette fois-ci, il s’agissait des premières grandes élections depuis le début de l’invasion russe en Ukraine qui pourraient modifier l’équilibre des pouvoirs, en paralysant le président Biden et en limitant l’aide à l’Ukraine. Alors que les résultats définitifs des élections ne sont pas encore connus, il s’avère qu’un tsunami conservateur au Congrès n’a pas eu lieu. On peut estimer que la position des Etats-Unis à l’égard de l’Ukraine, de l’Europe et de l’OTAN ne va pas changer. L’alarmisme préélectoral ne s’est pas confirmé. »

Selon l’éditorialiste du quotidien, le président Joe Biden, cible fréquente de moqueries, a fait preuve d’une plus grande résistance que prévue.

Ces grandes fortunes tchèques qui sont des femmes

Il est peu habituel, même à l’échelle internationale, de voir une femme à la tête du classement des plus grandes fortunes du pays. Hospodářské noviny l’a noté en constatant que c’est Renata Kellnerová, propriétaire de l’empire PPF hérité de son mari mort dans un crash d’hélicoptère, qui se trouve selon Forbes à la tête de la liste des cents plus grands milliardaires tchèques et slovaques. Le quotidien économique a à ce sujet précisé :

Source: Mohamed Hassan,  Pixabay,  Pixabay License

« Selon la revue Euro, la liste des plus grandes fortunes locales ne compte en ce moment que six femmes. Leur nombre, selon une récente analyse effectuée pour le site NextŽeny, va pourtant au augmenter, dans la mesure où les femmes vivent plus longtemps que les hommes, de quelque six ans  en moyenne. C’est effectivement un homme de près de 56 ans, père de trois enfants autour de la vingtaine, dont la compagne est de 3 ans et demi plus jeune que lui qui est le représentant des Tchèques les plus riches. Or, les transferts de fortunes vers les femmes sont une tendance à laquelle il faut s’attendre à l’avenir. »

Dans ce contexte, le journal rapporte qu’il n’y a qu’une faible partie de la population tchèque habituée à rédiger un testament. De même, rares sont les Tchèques à conclure un contrat de mariage.

Les Tchèques et les Allemands : des relations qui demeurent fragiles

Le site Hlídacípes.org a retenu la parution sur le sol académique d’un ouvrage qui se penche sur les relations entre la Tchéquie et l’Allemagne entre les années 1989 et 2021. Il en ressort que l’Allemagne est, de tous les pays voisins de la Tchéquie, la cible récurrente et facile des politiciens et les médias :

Photo illustrative: Radio Prague Int.

« En dépit des relations bâties entre les deux pays depuis les trente dernières années et étiquetées de ‘meilleures dans leur histoire’, il en suffit de très peu pour ressusciter la méfiance mutuelle, les préjugés et les stéréotypes enracinés. Tout dernièrement, ce sont la pandémie de Covid et la fermeture de la frontière tchéco-allemande, de l’un et de l’autre côté, qui l’ont rappelé assez clairement et qui ont un peu abîmé l’image des Tchèques et des Allemands présumés être de bons voisins. »

Les Allemands ont porté un regard sceptique sur le chaos pendant la pandémie et le nombre élevé de décès en Tchéquie dus au Covid-19. Les Tchèques, quant à eux, ont suivi avec mécontentement l’arrivée en Allemagne de centaines de milliers d’étrangers pendant la crise migratoire. Autant d’exemples pertinents des tensions signalées dans l’ouvrage et citées par le site qui indique encore :

« D’un côté, les Tchèques ont tendance à se définir à l’égard de leur plus grand voisin et de le soumettre à des critiques exacerbées qui, à l’heure actuelle, concernent sa relation à l’égard de la Russie ou de l’écologie. D’un autre côté, ils sont enclins à surestimer ses capacités. »