Remaniement/Spoutnik/Ouganda : la revue de presse hebdo

Le nouveau ministre de la Santé Petr Arenberger et Miloš Zeman

Cette revue de la presse de la semaine écoulée propose plusieurs regards sur les soubresauts de la scène politique tchèque. Interrogations également autour du vaccin russe Spoutnik. On s’intéresse aussi à un engagement d’étudiants en médecine et de jeunes médecins tchèques en Ouganda. Quelques mots enfin sur les nouveaux défis concernant la situation épidémique en Tchéquie.      

« La révocation des ministres de la Santé et des Affaires étrangères est peu compréhensible et dangereuse ». C’est ce qu’a remarqué en lien avec les récents remaniements ministériels l’hebdomadaire Respekt :

« Le gouvernement d’Andrej Babiš ne dispose pas de beaucoup de ministres ancrés dans leurs valeurs et prêts, tant qu’il le faut, à dire ‘non’. Ainsi se présentaient le ministre de la Santé Jan Blatný qui ne s’est pas soumis à la pression du président Miloš Zeman en rapport avec le vaccin russe Spoutnik V et le chef de la diplomatie, le social-démocrate Tomáš Petříček, connu pour ses positions prooccidentales et proeuropéennes. Et même si, pour eux-mêmes, leur départ paraît être en ce moment la meilleure chose qui puisse leur arriver, pour la Tchéquie, c’est une mauvaise nouvelle ».

Le commentateur du journal Deník N estime à son tour que les départs successifs des ministres Blatný et Petříček ont beaucoup de traits en commun :

« Dans les deux cas, des rumeurs concernant leurs révocations ont couru depuis un certain temps déjà avant d’être confirmées officiellement par leurs protagonistes eux-mêmes. Par ailleurs, ni le Premier ministre Andrej Babiš, ni le chef du Parti social-démocrate réélu Jan Hamáček n’ont présenté de justifications crédibles. Un autre trait plus important encore que les chutes des deux ministres ont en commun : elles sont applaudies par le président de la République Miloš Zeman. »

Quelles seront les retombées de ces événements sur les préférences électorales ? Et qui en fait dirige tout ce spectacle dans lequel on a du mal à s’orienter ?, s’interroge pour sa part un commentateur du site aktualne.cz avant de constater :

« Ce que l’on observe depuis un certain temps déjà en Tchéquie, c’est un combat de valeurs. Un combat mené pour des valeurs occidentales et démocratiques. La question est de savoir si le changement survenu après la chute du communisme en 1989 est ce que les gens ont vraiment voulu ».

La révocation de deux ministres, la fin du soutien tacite accordé au gouvernement minoritaire d’Andrej Babiš par les communistes, les turbulences au sein du Parti social-démocrate, « autant d’événements qui rendent la situation politique en République tchèque très fragile », constate de son côté un commentateur du site Forum24.cz :

« A l’approche des élections législatives qui auront lieu en octobre, on peut s’attendre à des accrochages politiques plus dramatiques que jamais. Mais il existe aussi un autre scénario : des élections anticipées. Il a été évoqué par les partis démocratiques de l’opposition qui n’excluent pas la possibilité d’une dissolution de la Chambre des députés. »

Spoutnik V, un vaccin politique ?

A quelques jours des négociations concernant la livraison du vaccin russe Spoutnik V à la Tchéquie que le ministre tchèque de l’Intérieur Jan Hamáček entend mener à Moscou, l’auteur d’un commentaire publié dans le quotidien Lidové noviny de ce jeudi a remarqué :

Le vaccin Spoutnik V | Photo: Attila Balazs,  ČTK/AP Photo

« Certes, du point de vue médical, Spoutnik V est un bon vaccin. A l’époque des réseaux sociaux et des applications mobiles, ses éventuels lourds effets secondaires ne passeraient pas inaperçus. Le vaccin peut sauver beaucoup de vies humaines, car contrairement à ce qui avait été initialement prévu, des centaines de milliers d’autres vaccins manquent en ce moment. »

Pourtant, estime le commentateur, cette protection aura un coût, le prix n’étant pas nécessairement d’ordre financier. Il explique :

« Si la Russie ne demande pas pour son vaccin des sommes astronomiques, elle prépare en revanche le terrain pour pousser certains pays européens y compris la Tchéquie vers sa zone d'influence. Une façon de faire oublier à la population tchèque des événements comme l’annexion de la Crimée ou la guerre en Ukraine. »

Le commentateur de Lidové noviny va jusqu’à comparer la situation actuelle à celle de l’année 1947, quand « l’Union soviétique a fourni une aide à la Tchécoslovaquie affectée par de mauvaises récoltes de blé, histoire de préparer des conditions favorables à l’accession au pouvoir des communistes ». Et de s’interroger en conclusion : « Qu’est-ce qui suivra le vaccin Spoutnik ? »

L’aide d’étudiants en médecine et de jeunes médecins tchèques en Ouganda

« Pour nous, c’est une immense joie ». C’est par ces mots que l’étudiant en médecine à l’Université Charles, Petr Janota, a décrit pour le quotidien économique Hospodářské noviny de ce mardi la guérison d’un petit orphelin en Ouganda à laquelle il a pu assister. Une guérison due à l’application d’antimalariques distribués par l’association à but non lucratif Emoter. Le journal précise :

Photo: Facebook de l’association Emoter - Medical Outreach in Uganda

« L’association a été créée au début de l’année écoulée par un groupe d’étudiants en médecine et de jeunes médecins tchèques dans le but d’aider en Ouganda les personnes qui peinent à obtenir des soins de santé de base. Au début, le projet a été financé par des dons réunis par l’une de ses promotrices qui ont permis d’acheter des médicaments, des vitamines et des produits hygiéniques. Il a par la suite obtenu une modeste subvention du ministère des Affaires étrangères et bénéficié d’une collecte réalisée par internet. Après des consultations avec des médecins ougandais, les membres de l’association ont pu commencer à exercer à différents endroits du district de Nebbi. Ils y pratiquent la vaccination, accordent des soins et traitent des maladies en apparence banales : la cystite, la malaria, des blessures mal soignées. »

Le quotidien rapporte qu’à ce jour l’association Emoter a accordé en Ouganda son aide à près de 5 000 personnes. Interrompues par l’épidémie du Covid-19, ses activités ont repris de plus belle dès la fin du moins de mars.

Covid-19 : l'heure de définir de nouvelles priorités

A la base de l’évolution actuelle favorable de l’épidémie de coronavirus et de la baisse du nombre de décès qui y sont liés, l’Etat est appelé à définir de nouvelles priorités pour la période à venir. C’est ce que souligne un texte publié dans le quotidien Mladá fronta Dnes de ce jeudi de la plume d’un épidémiologiste tchèque reconnu :

La campagne du Ministère de la Santé  | Photo: Cesta ven/Ministère de la Santé de la République tchèque

« Vacciner exclusivement les groupes à risque, examiner en détail les résultats des tests dans les entreprises et assimiler les personnes ayant contracté le covid-19 avec celles qui ont déjà été vaccinées. Telles sont les nouvelles priorités qui méritent d’être mises en relief mais qui, pourtant, n’ont pas été à ce jour clairement déclarées. Cela donne parfois à croire qu’au sein de différents groupes d’experts qui proposent des procédures au ministère de la Santé, il n’y a pas de véritables spécialistes en épidémiologie. Or, il y a lieu de se demander si tous ceux qui donnent dans les médias ou sur les réseaux sociaux des conseils sur la façon de lutter contre l’épidémie ont une formation appropriée ».

Dans un entretien pour le site aktualne.cz, le chef de la Chambre des médecins Milan Kubek dénonce pour sa part le fait que « le ministère de la Santé a souvent tendance à présenter la situation comme étant moins grave qu’elle ne l’est en réalité ». Il n’est pas alors étonnant que les gens sous-estiment la gravité de la situation et qu’ils ne soient pas prêts à respecter les restrictions imposées, estime-t-il avant d’expliquer :

« Ce qui manque en Tchéquie, c’est une institution spécialisée, apolitique et indépendante, destinée à présenter, à analyser et à évaluer les données. Ce sont des spécialistes érudits qui doivent proposer les démarches à prendre, les politiciens décidant par la suite de leur adoption. Chez nous en revanche, cette responsabilité est assumée par le ministère de la Santé. Une approche qui s’avère problématique ».