Un certain regard sur l’année 2019

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Le niveau de maîtrise de l’anglais peut-il servir d’indice de la plus ou moins bonne condition d’un pays ? Réponse dans cette nouvelle revue de la presse de la semaine écoulée. Nous aborderons également les malentendus qui affectent les relations tchéco-russes, avant de nous intéresser à l’impact de la réduction de l’extraction de charbon sur la Tchéquie et d’une nouvelle étude concernant les datations historiques. Quelques mots, enfin, au sujet du lien indéfectible qui unit la musique aux fêtes de Noël en Tchéquie.

Photo illustrative: BiljaST / Pixabay, CC0
Le dernier rapport annuel de l’association britannique Education First, qui classe les pays en fonction de leur connaissance de la langue anglaise, révèle un grand retard des Tchèques dans ce domaine. Des tests font en effet part d’un grand retard du pays sur l’Allemagne, l’Autriche ou la Pologne, sans parler des pays scandinaves ou de ceux du Benelux. D’après la dernière édition de l’hebdomadaire Respekt, bien que ce constat soit en apparence d’une importance moindre, il en dit long sur la situation du pays. En effet, les compétences linguistiques sont l’un des critères clés à l’évaluation du développement et du système d’éducation d’un Etat, comme l’explique le journal :

« L’étude d’une langue dépend largement du zèle de l’apprenant et témoigne également de son intérêt pour le monde qui l’entoure. Les données d’Education First attestent donc d’une certaine stagnation du niveau d’anglais de la société tchèque. Un constat digne d’intérêt, d’autant qu’à la prospérité économique de la décennie qui s’achève succédera probablement une période plus difficile. L’année écoulée a montré que la société tchèque peine à s’adapter au milieu de la coopération internationale telle qu’elle se met en valeur en Europe. Tout en réalisant que le soutien de l’éducation, de la science et de la culture est le moteur de la réussite, elle hésite à lui donner le feu vert ».

Toutefois, il serait faux de prétendre que la société tchèque a gaspillé les opportunités de l’année écoulée, souligne le commentateur de l’hebdomadaire Respekt. Il explique :

« Les manifestations protestataires qui ont eu lieu à Prague et dans d’autres villes ont contribué à la cultivation de l’espace publique. Les efforts déployés par les partisans de la démocratie en vue de rendre la Tchéquie meilleure et de renforcer l’Etat de droit nous pourraient augurer un rapprochement de la communauté internationale, ainsi qu’une modernisation et une meilleure pratique de l’anglais plus rapides qu’on ne le croit ».

Les relations tchéco-russes ou le temps des malentendus

Photo: Archives de Radio Prague Int.
La diplomatie russe a protesté contre la décision de la République tchèque de faire du 21 août une fête du souvenir en mémoire des victimes de l’invasion soviétique de 1968. A ce sujet, le site echo24.cz a rappelé quelques événements survenus cette année et qui ont eu un impact négatif sur les relations tchéco-russes :

« En juin dernier, la proposition des députés russes d’accorder aux participants à l’invasion militaire dans l’ancienne Tchécoslovaquie, en août 1968, le statut de vétérans a été très mal perçue en Tchéquie. On se souvient par ailleurs de septembre et de la controverse autour du projet de retrait de la statue du maréchal soviétique Ivan Koniev située dans l’arrondissement 6 de Prague. A cette occasion, le ministre russe de la Culture a comparé le maire de l’arrondissement concerné à des leaders nazis. Récemment, le maire de Řeporyje, un autre arrondissement de Prague, est entré en conflit avec l’ambassade russe. Il avait l’intention de faire bâtir une statue dédiée aux membres de l’armée de Vlasov qui, après avoir collaborés avec les nazis, ont trouvé la mort dans les combats pour la libération de Prague, en mai 1945. »

Le site indique enfin qu’il y a peu, la Russie a inscrit l’organisation tchèque Člověk v tísni (People in Need), une des plus importantes ONG d’aide humanitaire d’Europe centrale, sur la liste des organisations indésirables et interdites d’agir en Russie.

La réduction du charbon et ses impacts sur la Tchéquie

Photo: Michal Klajban, CC BY-SA 3.0
Selon les prévisions de l’Union européenne, d’ici l’an 2030, près de 160 000 postes disparaitront en Europe en raison de la réduction de l’extraction de charbon, qui répond aux impératifs écologiques ainsi qu’aux prix élevés des permis d’émissions. Avec la Pologne et l’Allemagne, la Tchéquie devrait être l’un des pays les plus affectés par ce changement. C’est du moins ce qu’indique le commentateur du journal en ligne E15 :

« Les régions situées dans le nord-ouest du pays sont notamment concernées. Rien que dans la région de Sokolov, par exemple, la réduction de l’extraction de charbon fera perdre le travail à un millier de personnes, car son bassin minier représente un des plus importants employeurs locaux. Une situation analogue existe dans la région de Most, dans le nord du pays. »

Le journal E15 rapporte en outre que s’agissant du nombre de postes appartenant à l’industrie minière, la Tchéquie occupe, avec près de 18 mille miniers, la troisième place à l’échelle européenne. L’extraction sur le territoire tchèque a trouvé son point culminant en 1971 où sa production de charbon atteignait 29 millions de tonnes, écrit-il également.

Un regard inédit sur le début de la transformation culturelle du paysage

« La transformation culturelle du paysage tchèque au Moyen âge aurait commencé 200 ans avant la date indiquée par la majorité des sources écrites. Ses débuts seraient alors identiques à ceux en Europe occidentale ». C’est ce qui ressort d’une étude effectueé par une équipe d’archéologues et experts en statistiques tchèques qui a été publiée dans le prestigieux magazine scientifique Journal of Archeologic Science. Une information fournie par le site info.cz qui a à ce propos cité le principal auteur de l’étude Václav Fanta :

« D’un côté, les premières mentions écrites et, d’un autre côté, les données archéologiques sont deux références permettant d’identifier en Europe centrale l’âge d’une ville ou d’un village. Depuis un certain temps déjà, on sait que les sources écrites ne sont pas tout à fait fiables, car il faut prendre en considération le temps qui s’écoule entre la fondation d’une commune et la réalisation d’une première mention écrite à son sujet. Or, la datation archéologique est plus sûre. C’est une chose qui est depuis longtemps déjà bien connu. Ce qui est en revanche nouveau, c’est la comparaison de ces deux méthodes de datation sur un grand échantillon. »

Les auteurs de l’étude ont réuni les dates archéologiques se rapportant à 530 villes et villages tchèques pour les comparer avec les datations des sources écrites et pour examiner les différences existantes. Il en découlte, toujours selon le journal E15, que ces dernières ont été très marquantes au début du Moyen âge, pour s’estomper au fil des siècles. Ce n’est alors qu’à partir du XVIIe siècle, l’époque de la fondation des premiers cadastres centralisés, que les datations écrites se présentent en pays tchèques comme des sources fiables.

Noël et la musique

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Noël est le moment qui s’apprête parfaitement à la pratique de la musique. Et ce même lorsqu’on n’est pas un musicien ou un interprète professionnel. C’est ce que prétend le musiologue Petr Daněk dans un entretien pour le journal Lidové noviny de samedi dernier. Une occasion pour lui de mettre en relief le caractère unique de la Messe tchèque de Noël de Jakub Jan Ryba :

« Cette composition représente un phénomène européen unique quant à la fréquence de ses exécutions. Elle est effectivement régulièrement produite tant par la Philharmonie tchèque dans la salle Rodolphinum à Prague et d’autres grands orchestres que par des choeurs amateurs dans des églises, petites ou grandes, à travers tout le pays. Tout musicien et chanteur qui se consacre à la musique classique la connaît par coeur. Simple et facile pour les interprètes, la ‘rybovka’ est un véritable ‘tube’. Un autre atout qui est le sien : écrite en tchèque, elle est tout à fait compréhensible. Mais à part cela, on ne trouve pas beaucoup de musique de Noël de qualité. »

De même, les Tchèques aiment chanter et écouter les cantiques de Noël (koleda) dont les débuts remontent au Moyen âge. Leur tradition a survécu aux aléas du régime communiste qui a interdit, dans les années 1950, leur diffusion. Par ailleurs, comme l’indique le journal Lidové noviny, les fêtes de Noël ont également résisté aux efforts remontant à la même époque et visant à remplacer le personnage traditionnel du petit Jésus (Ježíšek) par la personne appelée Děda Mraz, empruntée dans la tradition russe.