A Bruxelles, le Manneken-Pis a été habillé dans une tenue tchèque

Le Manneken-Pis, photo: ČT

Le plus célèbre des Bruxellois, le Manneken-Pis, a porté mercredi dernier un costume très tchèque, fabriqué avec du tissu en « modrotisk », une technique traditionnelle de l’impression sur étoffes indigo. Une manière de marquer l'anniversaire de la fondation de la Tchécoslovaquie le 28 octobre prochain.

Le Manneken-Pis dans le maillot d’Emil Zátopek, photo: Viktor Daněk, ČRo

Après avoir revêtu, en décembre 2019, un équipement complet de l’ancien coureur tchécoslovaque Emil Zátopek, le petit bonhomme à l'envie pressante, devenu le symbole le plus connu des Bruxellois, a donc porté un nouveau costume tchèque cette semaine.

L’initiative est venue du Centre tchèque de Bruxelles. Sa directrice Jitka Pánek Jurková nous en dit plus :

Jitka Pánek Jurková, photo: Ingrid Mihalová/Centre tchèque de Bruxelles

«  C’est une belle tradition, le petit bonhomme a déjà 1 053 costumes qui lui ont été offerts par différents pays, ainsi que par des confréries. Pour que la tenue soit acceptée par la ville de Bruxelles, il faut d’abord élaborer tout un projet autour qui est ensuite accepté ou non par la mairie. Il y a deux ans déjà, nous avons préparé un premier projet d’une tenue tchèque : elle devait être choisie parmi les travaux des étudiants. Mais finalement, nous n’avons sélectionné aucun dessin parmi ceux qui nous ont été proposés. Cette fois, le Centre tchèque a fait appel directement à une designer renommée. Son projet de costume nous a beaucoup plu et nous n’avons pas hésité à le présenter à la mairie de Bruxelles. »

Le nouveau costume tchèque, créé par la styliste Alice Klouzková, photo: Ingrid Mihalová/Centre tchèque de Bruxelles
Photo: Dagmar Knerová/Centre tchèque de Bruxelles

La cérémonie de remise du nouveau costume tchèque, créé par la styliste Alice Klouzková a eu lieu ce mercredi à l’Hôtel de ville de Bruxelles. Ensuite, le temps d’une journée, le Manneken-Pis a porté un ensemble avec casquette fabriqué avec du tissu en « modrotisk », une technique traditionnelle de l’impression sur étoffe indigo, inscrite sur la liste UNESCO depuis 2018 et également connu sous le nom allemand de « Blaudruck ».

Jitka Pánek Jurková explique :

« Nous avons tout de suite pensé à la technique du ‘modrotisk’ : c’est une technique ancestrale d’impression  sur étoffes, mais en même temps, elle est toujours utilisée dans la création contemporaine. Ce qui est important, c’est qu’elle a évidemment une histoire tchèque, mais également centre-européenne : elle est commune à la Tchéquie, la Slovaquie, l’Autriche, l’Allemagne et la Hongrie et c’est la candidature de tous ces pays qui a permis d’inscrire la technique sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. »

Le Manneken-Pis, photo: Ingrid Mihalová/Centre tchèque de Bruxelles

Un artisanat qui remonte au XVIIIe siècle

Un tissu d’un bleu profond d’où ressortent en blanc des motifs floraux la plupart du temps, géométriques, ou encore des dessins : en République tchèque, seuls deux ateliers, où le savoir-faire se transmet de génération en génération, pratiquent encore cet artisanat qui remonte au XVIIIe siècle.

Le Blaudruck, ou « modrotisk », se traduit littéralement par « impression » ou « teinture en bleu de réserve ». Il s’agit d’une technique, proche du principe du batik indonésien, où l’on applique sur un tissu une pâte résistante à la coloration avant de le surteindre avec un colorant indigo. La pâte résistante, de la cire le plus souvent, empêche la teinture de pénétrer le motif, lui permettant ainsi de rester blanc ou non teint après la teinture.

Jiří Danzinger est le propriétaire et l’artisan principal de l’atelier de Blaudruck à Olešnice en Moravie. Son savoir-faire lui a été transmis par son père qui, lui-même, l’avait appris de son propre père. En 2016, l’atelier a fêté ses 200 ans d’existence. Pour fabriquer plusieurs mètres de tissu bleu aux imprimés blancs délicats, il faut quatre jours à l’artisan :

Jiří Danzinger, photo: Michal Záboj, ČRo

« J’ai une réserve de pâte à imprimer qui est faite à partir de gomme arabique notamment. Mais il y a aussi quelques autres éléments qui y sont mélangés et qui étaient et resteront un secret bien gardé. »

L’application manuelle des planches à imprimer, trempées auparavant dans la pâte, peut prendre jusqu’à cinq heures de travail pour une vingtaine de mètres de tissu. Les artisans utilisent encore des planches fabriquées à la main. Certaines remontent parfois à trois siècles et représentent des motifs d’inspiration régionale, la faune et la flore ou encore des motifs chrétiens.

Après l’étape de l’impression, vient celle de la teinture.

Blaudruck, photo: Zdeňka Kuchyňová

« Tout le processus de teinture dure huit heures. Toutes les demi-heures environ, je plonge le tissu dans la couleur et le retire de manière régulière. En haut, en bas, en haut, en bas… »

Puis l’étoffe est nettoyée, la pâte qui y avait été appliquée disparaît, laissant surgir les motifs choisis.

De cette teinture traditionnelle à l’indigo découle toute une série d’activités, à côté du processus d’impression. Les artisans et leurs familles, impliquées dans ces créations, préparent les matières premières, mais aussi la confection de produits réalisés à partir de ces tissus : sacs, torchons, tabliers, et autres produits dérivés.

Blaudruck, photo: Štěpánka Kadlečková, ČRo

Si le Blaudruck évoque par son aspect les traditions régionales et folkloriques, il est, ces derniers temps, remis au goût du jour dans une version plus contemporaine. Ainsi, le costume créé par la styliste Alice Klouzková pour le petit bonhomme bruxellois est un exemple du renouveau du « modrotisk ». Il sera désormais exposé au Musée de la ville de Bruxelles, comme l’essentiel de la garde-robe de Manneken-Pis.