Avec « Un Noël pragois », déambulez dans une Prague magique et bohème une nuit de réveillon
Il n’est nul besoin d’aimer, ni même de connaître Prague pour en apprécier la lecture. Sorti à l’approche des fêtes de fin d’année aux éditions Atlande, « Un Noël pragois » est un petit livre que l’on ne lâche plus une fois en main. Un conte que l’on savoure autant pour le récit de Jaroslav Rudiš que pour les illustrations de Jaromír 99. Sans pouvoir s’arrêter d’en tourner les pages, comme pour les « cukroví », ces fameux petits biscuits et patisseries que l’on trouve le jour du réveillon sur les tables de tous les foyers en Tchéquie, et dans le plat desquels l’on ne peut s’empêcher de replonger la main, encore et encore. Déjà auteure de « Prague en v.o. », « portrait polyglotte et amoureux de Prague et de la Bohême », Hélène Leclerc est la traductrice en français de ce bien beau cadeau de Noël.
Hélène Leclerc, comment présenteriez-vous ce « Noël pragois », petit livre de 78 pages en forme de conte insolite, une fiction qui commence avec un souvenir d’enfance de l’auteur, passionné de train et qui, depuis Berlin, arrive seul à la Gare centrale de Prague ? Le héros a prévu d’y passer le réveillon avec ses amis, sauf que les choses ne vont absolument pas se passer comme prévu et que ses amis ne seront pas ceux auxquels il pensait initialement...
« Il s’agit non pas d’un roman à proprement parler, mais plutôt d’un court récit accompagné de très belles illustrations de Jaromír 99, avec lequel Jaroslav Rudiš a déjà collaboré pour le roman graphique Alois Nebel. Et c’est le récit d’une déambulation dans Prague, le soir du réveillon de Noël, du narrateur, qui est en quelque sorte un double de l’auteur du livre lui-même puisqu’il s’appelle Jára, qui est le diminutif de Jaroslav. »
« Celui-ci arrive à la Gare centrale de Prague, où il espère retrouver ses amis pour célébrer avec eux le réveillon de Noël. Sauf que ceux-ci ne répondent pas au téléphone. Et, donc, il se trouve embarqué dans une déambulation durant laquelle il va croiser des personnages tous plus étranges les uns que les autres tout en se promenant dans divers lieux de la ville, ce qui permet au lecteur de visiter Prague avec le narrateur. »
C’est une visite aussi un peu en forme de roman d’aventure avec, donc, ce Jára, qui se lance dans la nuit dans les rues de la ville, où il va croiser le chemin d’autres personnages alors que, à priori, rien ne les prédestinait à faire connaissance. Tous se lient finalement d’amitié pour poursuivre leur marche ensemble dans Prague...
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« Il y a d’abord un personnage, le premier de ces personnages étranges. Il s'appelle Kavka, dont le nom s’écrit avec un ‘v’ tout en se prononçant comme celui du célèbre écrivain pragois, Franz Kafka. Et ce personnage a la particularité d’avoir la tête qui luit comme une ampoule dès que Noël arrive et dès qu’il boit une bière. »
« Ensuite, Jára et Kavka vont rencontrer ‘le roi de Prague’, un homme qui détient toutes les clés de la ville et qui n’est rien d’autre qu’un escroc sympathique. Et enfin, ils vont tous les trois s’adjoindre à la compagnie d’une Italienne, dont le mari était conducteur de tramway à Milan, et qui s’était pris également de passion pour la ville de Prague. Cette femme est venue spécialement depuis Milan pour en quelque sorte effectuer un pèlerinage en hommage à son époux défunt. »
« Les chemins de ces quatre personnages se croisent donc par hasard, ils nouent des liens pour célébrer Noël ensemble, de lieu en lieu. Plus précisément de brasserie en brasserie, puis à l’église Notre-Dame-des-Neiges avant d’achever leur déambulation à la Gare centrale de Prague. »
Peut-on dire qu’il s’agit d’un récit à la fois sur la solitude et sur la force de l’amitié ?
« Sur la solitude ? Personnellement, je ne l’ai pas interprété de cette façon. C’est plutôt un récit qui célèbre les valeurs de l’amitié, des retrouvailles, ces moments partagés dans les brasseries, ces souvenirs que l’on évoque autour d’une bière. Il y a vraiment d’abord cette dimension-là de l’amitié. »
« Une allusion à la ‘Praga Magica’ de Ripellino »
Nous sommes à Prague la veille de Noël, une ville présentée dans le récit comme déserte et où il neige. Qui connaît Prague à cette période de l’année, avec ses marchés et la foule de touristes, sait que la ville ne ressemble plus du tout à cette description. Est-ce donc cette Prague mystérieuse et de légende, comme on aime l’imaginer et qui est un peu idéalisée, que l’on découvre dans ce livre ?
« Sans aucun doute. Personnellement, j’ai vu une allusion à la ‘Praga Magica’ d’Angelo Maria Ripellino, avec ses promenades. C’est une Prague nocturne avec ses flâneurs. Mais, effectivement, c’est aussi une Prague avec son manteau de neige, qui est aussi très lumineuse. Le motif de la lumière pragoise parcourt tout le récit. Et les illustrations de Jaromír 99 sont là aussi pour montrer toute cette lumière. »
« Ce n’est pas une Prague triste, bien au contraire. Il y règne une chaleur qui se traduit aussi dans dans cette amitié qui naît entre ces quatre personnages. Il y a même une relation amoureuse qui se noue presque, entre l’Italienne et le ‘roi de Prague’. »
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« Donc, bien sûr, la ville est décrite comme déserte, mais c’est le soir du réveillon. Tout le monde est censé être chez soi, comme d’ailleurs le fait remarquer un des soudeurs des rails du tramway, aux quatre personnages. Ces soudeurs qui travaillent le soir du 24 sont étonnés de voir nos quatre protagonistes se promener dans Prague. Ils disent aimer travailler ce soir-là parce qu’il n’y a personne dans les rues. »
« Quoiqu’il en soit, il y a cette dimension très lumineuse, très chaleureuse, avec ce motif qui est récurrent dans l’œuvre de Rudiš, à savoir cet intérêt pour ces figures marginales que l’on rencontre sans doute davantage la nuit, et a fortiori le 24 décembre, quand tous ceux qui ont une famille sont réunis. »
Ce « Noël pragois » est un petit livre de 78 pages qui se lit d’une traite, par exemple, le soir de Noël. Néanmoins, quelle est l’importance du rythme du récit dans ce livre ?
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« C’est vrai que le rythme joue un rôle très important dans l’écriture de Rudiš. C’est à la fois un récit très court qui se passe aussi sur un temps très court. Jaroslav Rudiš est par ailleurs musicien. Il apporte vraiment un soin particulier à la langue et au rythme de celle-ci. »
« Alors, on peut être un peu désarçonné quand on le lit pour la première fois, ainsi que quand on le traduit, surtout de l’allemand vers le français (Jaroslav Rudiš a écrit son livre en allemand - ‘Weihnachten in Prag’ -, avant de le faire traduire en tchèque par Michaela Škultéty), parce qu’il y a un certain goût de la répétition qui est vraiment voulu. Et donc, traduire en français est parfois un peu compliqué parce que le français supporte moins la répétition qui, inversement, passe plus facilement en allemand, et sans doute en tchèque aussi. En même temps, c’est un parti pris de la traduction d’essayer de rendre le rythme de cette écriture musicale, qui est aussi une sorte de poème et de conte pragois. »
« Un style d’écriture un peu punk »
Différents livres de Jaroslav Rudiš ont déjà été traduits en français, et ce « Noël pragois » est le premier aux éditions Atlande. Selon vous, qu'est-ce qui dans l’écriture de Jaroslav Rudiš plaît aux éditeurs et aux lecteurs français?
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« Les deux livres qui ont déjà été traduits l’ont été du tchèque. ‘La Fin des punks à Helsinki’ et ‘Avenue nationale’ sont deux romans qui remontent déjà à quelques années. Je pense que c’est une écriture novatrice, originale, un style un peu punk aussi, qui a dû plaire aux éditeurs qui ont publié la traduction de ces deux premiers récits. »
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« Dans le cas de ce ‘Noël pragois’, ce qui a séduit et convaincu l’éditeur, c’est la situation même de ce récit à Noël, et les illustrations qui l’accompagnent - je le redis – en font tout à fait partie intégrante et apportent une vraie valeur ajoutée au texte. »
Dans quelle mesue était-il important pour vous, en tant que traductrice, de connaître et de pouvoir imaginer cette Prague de nuit avec ces rues moins fréquentées ? Dans un premier entretien que vous nous aviez accordé il y a quelques mois, vous nous aviez confié que votre premier séjour à Prague remontait au début des années 1990, soit une période où il y avait moins de monde à Prague...
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« Je ne sais pas si cela a joué un rôle. Le souvenir que je garde du début des années 1990, c’est une Prague qui, déjà, était assez fréquentée, notamment en juillet-août. C’était déjà difficile de circuler autour du pont Charles en particulier. L’hiver, oui, sans doute y avait-il un peu moins de touristes qu’actuellement. Mais je ne sais pas si cela m’a permis de me projeter davantage dans cette traduction. Je me suis plutôt laissée guider par l’écriture de Rudiš pour adhérer à sa description de la ville. »
« Je crois que le lecteur qui ne connaît pas Prague peut sans problème se laisser séduire par cette déambulation, et ce, même si ce n’est pas la Prague réelle car il y a évidemment une part de magie et de rêve. Parallèlement, c’est peut-être une raison de plus pour, après sa lecture, confronter ce récit à la réalité en se rendant sur place. C’est donc aussi une invitation à découvrir la ville. »
Vous êtes déjà l’auteure d'un ouvrage qui s’intitule « Prague en v.o. ». Ce « Noël pragois » est en quelque sorte un autre guide de Prague...
« On peut le voir comme ça, effectivement. C’est très différent, mais c’est vrai que l’œuvre de Rudiš m’avait déjà beaucoup accompagnée lors de la rédaction de ce guide littéraire ‘Prague en v.o.’ avec déjà un extrait d’‘Un Noël pragois’ ainsi qu’un extrait d’un autre roman intitulé en tchèque ‘Potichu’ (inédit en français), que l’on peut traduire par ‘Silencieusement’ ou ‘En silence’ et qui est vraiment un roman sur la ville de Prague et sur ce qu’il s’y se passe. »
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« La lecture d’‘Un Noël pragois’ est aussi un moyen de s’initier aux traditions tchèques et pragoises de Noël, puisque l’on y découvre tous les éléments du folklore local. Il y a un développement consacré à la carpe de Noël, aux différentes brasseries, aux illuminations, etc. Du coup, oui, on peut voir en ce petit livre un manuel pour déambuler dans Prague l’hiver ou, mieux encore, le soir de Noël si l’on a cette chance. »
Et on suppose, que c’est un livre, puisqu’il vient juste de sortir, que vous allez offrir autour de vous pour ce Noël ?
« Tout à fait ! C’est le cadeau de Noël idéal, si j’ose dire. Il n’y a pas besoin de connaître Prague ou d’avoir déjà visité Prague pour le lire. Certes, on peut saisir l’occasion de sa lecture pour découvrir Prague à Noël. Même s’il se trouve qu’il se déroule à Prague, c’est d’abord un conte de Noël ! »
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