Le tchèque du bout de la langue : cherchons la petite bête

Brouci

Mouches, cafards, coccinelles, … elles sont nombreuses, les petites bêtes de la nature. Et si le citadin peut parfois avoir tendance à oublier leur existence, la langue tchèque associe leurs noms – et leurs supposés traits de caractère – à bon nombre d’expressions de la langue courante. Nous allons en découvrir quelques-unes aujourd’hui, dans ce nouvel épisode du Tchèque du bout de la langue.

Le mot tchèque pour désigner les insectes est « hmyz », qui a la spécificité d’être un nom générique sans forme plurielle. Ainsi, par exemple, « alergie na hmyz » se traduira par « allergie aux insectes », insectes au pluriel, donc. « Hmyz » se définit comme « un petit arthropode pourvu de trois paires de pattes ». Le mot « insekt », au pluriel « insekty », est lui aussi employé ; il est toutefois plus littéraire, sans doute parce qu’il vient du latin. « Hmyz » est aussi utilisé au sens figuré ; il désigne alors une personne indésirable et dont on cherche à se débarrasser. Rien de bien sympathique, donc, et pas vraiment plus aimable que d’être qualifié de « starý pavouk » (« vieille araignée »), par laquelle on entend un original, quelqu’un d’un peu bizarre et de renfermé.

La maison des insectes | Photo: Barbora Němcová,  Radio Prague Int.

Mais nous nous égarons, car les araignées, avec leurs huit pattes, ne sont pas des insectes. Revenons-en donc plutôt à nos hexapodes. D’un point de vue taxonomique, l’un des ordres d’insectes est « brouk », le coléoptère. Au pluriel, le -k final de « brouk » se transforme en -c et l’on obtient donc « brouci », les coléoptères. Si vous vous intéressez à la grammaire tchèque, ces considérations vous auront peut-être donné matière à réflexion ou plutôt, comme on dit en tchèque, « nasadit brouka do hlavy », à savoir « mis un coléoptère en tête ». A moins que la forme plurielle des noms d’animaux ne vous laisse de marbre, et que vous ayez plutôt tendance à choisir la technique de l’autruche, pardon, du coléoptère, et à « dělat mrtvého brouka », à « faire le coléoptère mort ».

Ferda Mravenec et Brouk Pytlík

Cela dit, au moins, de cette façon, vous ne risquez pas de vous faire accuser d’être un « Brouk Pytlík », un « coléoptère Pytlík », à savoir une personne qui a son mot à dire sur tout, même lorsqu’elle n’y connaît rien. Et cela en référence à l’un des personnages des célèbres contes pour enfant « Ferda Mravenec », dont nous reparlerons un peu plus tard. Enfin, dans un tout autre registre, n’oublions pas que le terme « brouk » désigne également la voiture Volkswagen type 1, celle qu’en français on appelle familièrement… la Coccinelle.

Včelí medvídci - Ubrečený

Les insectes sont particulièrement présents dans la culture populaire tchèque destinée aux enfants, et notamment dans « Večerníček », ces dessins animés qui passent à la télévision à l’heure du marchand de sable. Ainsi, dans cet épisode, vous entendez des extraits de « Broučci » (« Les petits coléoptères ») ainsi que de « Včelí medvídci » (« Les oursons abeilles »). En littérature, « Ferda mravenec » (« Ferda la fourmi »), écrit par Ondřej Sekora à partir de 1933, conte les péripéties d’une fourmi dans le monde des insectes. Chaque insecte y a des traits de caractères très nets et stéréotypés : « Beruška », la coccinelle dont Ferda est amoureux, est prétentieuse et capricieuse, les cafards – « škvoři » – jouent le rôle de policiers ; quant à « Ferda mravenec », Ferda la fourmi, donc, il est de bonne composition et n’a peur de rien.

Moucha | Photo: Ian Kirk,  Wikimedia Commons,  CC BY 2.0

Les caractéristiques des différentes espèces d’insectes sont d’ailleurs la base d’expressions de la langue courante : on dira par exemple que quelqu’un est « slabý jako moucha » (« faible comme une mouche »), « moucha » signifiant donc « mouche », ou encore que cette personne est « líný jak veš » (paresseux comme un pou), « veš » signifiant donc « pou ». D’une personne encore plus apathique, on ira même jusqu’à dire qu’elle est « jako mouchy, snězte si mě » (« mouches, bouffez-moi »). Loin de celui qui, pratique et efficace, est capable de « zabít dvě mouchy jednou ranou », de « tuer deux mouches d’un seul coup », à savoir de faire d’une pierre deux coups.

Šváb | Photo: PublicDomainPictures,  Pixabay,  CC0

Lorsque le rassemblement d’un groupe se fait attendre, que chaque personne arrive séparément, on dit qu’ils « slézají se jako švábi na pivo » (« descendent comme des cafards sur la bière »). Mais nul doute qu’ils finiront bien par tous arriver, pour au final être « jako vší » (« comme des poux »), à savoir très nombreux.

Klíště | Photo: Mislav Marohnić,  Flickr,  CC BY 2.0

On ne saurait oublier de mentionner la « klíště », la tique, cauchemar des marcheurs à pied, car si courante en République tchèque et ailleurs en Europe centrale. Nul besoin donc d’expliquer pourquoi on dit d’un enfant qui s’agrippe à un adulte, par exemple, qu’il « drží se jako klíště », qu’il se « tient comme une tique ».

Kůrovec | Photo: Rafal Konieczny,  CC BY 3.0

Certains insectes savent faire parler d’eux dans l’actualité : ces dernières années, c’est le cas du « kůrovec », le scolyte ravageur des forêts d’épicéas. D’ailleurs, le mot tchèque, « kůrovec », donc, est bien plus parlant que le mot français, car il vient de « kůra », l’écorce.

Vážka | Photo: Budka,  Radio Prague Int.

Avec près de 1,3 million d’espèces existantes dans le monde, notre inventaire des expressions citant des insectes est loin d’être complet. Nous nous excusons donc auprès de la « vážka » (« libellule »), du « komár » (« moustique »), de la « včela » (« abeille »), du « motýl » (« papillon ») et même de la « blecha » (« puce »), ainsi qu’auprès de toutes ces bestioles minuscules, mais qui ont un rôle de taille à jouer dans nos écosystèmes. Il y a quelques années, Jan Švankmajer leur a d’ailleurs consacré une de ces comédies surréalistes dont lui seul a le secret, adaptée de la pièce « De la vie des insectes » des frères Čapek,et qu’il a intitulée tout simplement « Hmyz » – « Les insectes ».

Hmyz (2018) oficiální trailer [CZ]